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Giovanni Battista Guadagnini

Nouveau venu au panthéon des instruments prestigieux vendus par la salle des ventes de Vichy, ce violoncelle promet de belles émotions aux potentiels acquéreurs le 7 juin 2018. En effet, l’auteur de cet instrument, Giovanni Battista GUADAGNINI, est l’une des figures tutélaires et ô combien romanesque de la prestigieuse lutherie italienne des XVIIème et XVIIIème siècles. Fils de paysan vraisemblablement illettré, il est devenu immortel par la force de son inspiration, son travail et son génie…

Un texte de Jean-Jacques RAMPAL & Jonathan MAROLLEMaison VATELOT-RAMPAL
© Atelier VATELOT-RAMPAL/Christophe DARBELET


Ce fils de paysan devenu immortel

Giovanni Battista GUADAGNINI, fils de Lorenzo GUADAGNINI, est né en 1711 à Plaisance en Italie. On sait très peu de choses de sa période d’apprentissage et l’idée communément admise aujourd’hui parmi les experts les plus réputés, est qu’il soit en grande partie autodidacte.
Ses premiers travaux datent du début des années 1740 dans sa ville natale. Dès lors transparait une très forte personnalité, une vision du violon tout à fait personnelle. L’artisan acquiert rapidement une bonne réputation et se voit commander des instruments de la part d’artistes réputés. C’est l’un de ces artistes qu’il suivra à Milan, capitale commerciale et culturelle de l’époque, carrefour incontournable du nord de l’Italie. Nous sommes alors en 1749, Giambattista a 40 ans.

L’on considère -à juste titre- que la période milanaise de cet auteur est la plus intéressante. En effet, le choix des matériaux, les modèles conçus, leur réalisation d’un point de vue technique et enfin, la composition du vernis sont tout simplement remarquables. Il ne fait guère de doute que pour arriver si vite à un tel degré de complexité, de raffinement et d’efficacité sonore, Giovanni Battista devait entretenir des relations très étroites avec sa clientèle de musiciens qui comptait alors ce que la Lombardie et l’Italie du nord faisaient de mieux à cette époque.


Un violoncelle rallongé

Le violoncelle N° 125 de la vente du 7 juin 2018 fut donc conçu à Milan en 1752. Il est, à l’origine, de dimensions restreintes comme tous les violoncelles faits par G.B. GUADAGNINI.
Ayant été rallongé par le haut (probablement au cours du XIXème siècle), la longueur initiale du coffre devait être d’environ 715/720 mm. En effet, les deux chevilles encore visibles situées en haut du fond nous permettent d’estimer la dimension originale du coffre. Les autres violoncelles du Maître connus de cette époque et non rallongés mesurent 715mm.

Violoncelle de Giovanni Battista GUADAGNINI

Consécutif au rallongement de l’instrument, les crans d’ff intérieurs ont été malheureusement rebouchés pour être retaillés plus bas. Finalement, le diapason du violoncelle ainsi modifié est de 397. Les crans d’ff extérieurs sont eux originaux et bien typiques de l’auteur : très marqués et ouverts.

Violoncelle de Giovanni Battista GUADAGNINI
Cran d’ff intérieur rebouché pour être retaillé plus bas

Sapin, érable, saule…

La table du violoncelle est constituée de trois pièces de sapin à pores fins et assez réguliers. Le fond est composé de deux morceaux d’érable modérément ondés, de même que les éclisses. La tête, quant à elle, ne déroge pas à la règle des auteurs italiens de cette époque dans leur majorité : elle est d’un érable sans ondes.

Le montage intérieur est sans soin excessif. Les contre-éclisses sont en saule et laissées brut de canif. Les tasseaux et coins sont en sapin. L’encastrement des contre-éclisses est caractéristique du travail de GUADAGNINI.


La tête

On a coutume de penser que les têtes de GUADAGNINI sont très typiques. Si cela est vrai pour les violons, ça l’est un peu moins pour les violoncelles. Là encore, il semble que le luthier ait pensé l’instrument dans sa globalité, volute comprise. Il ne se contente pas de reproduire à un format plus grand ce qu’il fait pour les violons : un modèle plus élancé (211mm) avec un petit chanfrein pas encore noirci.

Tête d’un violon de Giovanni Battista GUADAGNINI, Turin 1783

Les fameux points de compas vestiges du traçage que l’on voit très souvent sur le dernier tour des volutes de violons n’apparaissent pour ainsi dire jamais sur les violoncelles.

L’état de préservation de ce violoncelle est tel que les trous de chevilles non jamais été rebouchés. Nous avons donc ici une chance unique de pouvoir observer comment étaient percés les trous de chevilles (positionnement sur la joue, positionnement des chevilles les unes par rapport aux autres) à l’époque. Dire que cela est excessivement rare passe pour un doux euphémisme.


Un filet à la MONTAGNANA…

Le filet utilisé par GUADAGNINI à cette époque pour les violoncelles est parfois plus fin que celui posé sur les violons (ici entre 1.2mm et 1.4mm). Cela peut sembler curieux et il n’est certainement pas aisé d’apporter une explication définitive. Néanmoins, on peut penser que sous l’influence des musiciens avec lesquels il ne manquait pas d’échanger, GUADAGNINI avait accès aux instruments des grands maîtres crémonais et vénitiens. De cette dernière école se distingue un luthier resté particulièrement fameux pour ses violoncelles : Domenico MONTAGNANA dont l’une des caractéristiques est l’emploi d’un filet très fin pour ses violoncelles.

Violoncelle de GUADAGNINI / Violoncelle de MONTAGNANA

Le filet est ici bien posé, de façon régulière et modérément éloigné du bord (3.8mm). Les onglets dans leur manière de se joindre au centre du coin ne sont pas non plus sans rappeler le style de MONTAGNANA.


Un état de conservation exceptionnel

Autre exemple de l’état miraculeux de conservation de ce violoncelle : son vernis. Préservé à plus de 90%, il a gardé sa texture originale. À l’exception de la zone en bordure de la pièce de rallongement, il n’a subi aucune altération (tamponnage, retouche de vernis etc…). Il est fin en épaisseur et probablement appliqué en couches fines à partir d’une pate assez liquide. D’un orangé lumineux, la réflexion aux ultra-violets donne un blanc très légèrement orangé que l’on retrouve sur d’autres instruments du maître.

Violon de Giovanni Battista GUADAGNINI, Milan, 1773

L’étiquette, qui est originale, indique l’année 1752. Les deux derniers chiffres sont manuscrits. Par comparaison avec une autre étiquette de la même année, la manière avec laquelle est inscrit le chiffre 2 est identique. On sent nettement la calligraphie incertaine du luthier peu habitué à écrire.

Etiquette d’un violon de Giovanni Battista GUADAGNINI, 1752
Violoncelle de Giovanni Battista GUADAGNINI
Etiquette du violoncelle de Giovanni Battista GUADAGNINI, Milan, 1752 (lot N° 125)

De plus, la forme des étiquettes de violoncelles diffère de celle des violons : la découpe de l’extrémité droite suit la ligne arrondie du paraphe en médaillon.

Etiquette d’un violoncelle de Giovanni Battista GUADAGNINI, Plaisance, 1743

N° 125

Cet instrument très ressemblant à celui connu sous le nom de « Gerardy » – fait à Milan au millésime de 1754 et illustré dans le livre de Duane ROSENGARD – (Giovanni Battista GUADAGNINI p. 200) vient grossir les rangs très clairsemés des violoncelles fabriqués à Milan par le Maître.

English translation at the end of the page


A Cello by Giovanni Battista Guadagnini made in Milan in 1752

This cello is the latest addition to the list of prestigious instruments sold by the Vichy auction house, and is set to create great excitement amongst potential buyers when it is auctioned on 7th June this year. Its maker, Giovanni Battista Guadagnini, is one of the major and influential representatives of the prestigious Italian school of violin making of the 17th and 18th centuries. The son of a farmer, he became legendary through the strength of his inspiration, his hard work and his genius.

Giovanni Battista Guadagnini, the son of a farmer who became legendary

Giovanni Battista Guadagnini, the son of Lorenzo Guadagnini, was born in 1711 in Piacenza in Italy. We know very little of his early training, and the most commonly accepted idea by experts these days is that he was mostly self trained.

His first output dates from the beginning of the 1740s in his native town. Already a strong personality manifests itself, with a very personal vision for the violin. He quickly acquired a good reputation and received commissions from renowned musicians. It is one of these musicians whom he followed to Milan, the commercial and cultural capital at the time and epicentre of the North of Italy. The year was 1749 and ‘Giambattista’ was 40 years old.

It is widely accepted, and rightly so, that his Milanese period is his most interesting. The choice of materials, the models used, the technical execution and finally the varnish composition are simply remarkable. There is no doubt that to arrive so quickly to such a degree of complexity, refinement and sound quality, Giovanni Battista must have developed close relationships with his customers, who would have included the best musicians in Lombardy and the north of Italy at that time.

The cello numbered 125 in the auction of 7th June 2018

An elongated cello

The cello numbered 125 in the auction of 7th June 2018 was made in Milan in 1752. It was originally of reduced proportions, as were all cellos made by G.B. Guadagnini.

The original length of the body would have been around 715/720mm, but it has since been enlarged from the top (probably during the 18th century). The two dowels still visible in the top part of the back give us a good idea of its original dimensions. Other known unaltered cellos of the same period by this maker measure 715mm in body length.

Unfortunately, as part of the lengthening of the body, the original inside nicks of the f-holes were filled and re-cut lower down, altering in the process the stop length, which is now 397mm. The outside f-holes nicks are original and untouched, and are deeply cut and open.

Spruce, maple, willow

The cello’s front is made up of three pieces of finely and quite regularly grained spruce. The back is made of two pieces of moderately figured maple, the same as the sides. The head follows the common practice of violin makers in Italy at the time of using maple with no figure. The inside construction was done without excessive fuss. The linings are made from willow and knife marks have been left visible. The upper, lower and corner blocks are of spruce. The insertion of the linings into the blocks using mortise and tenon joints is typical of Guadagnini.

The head

It is often thought that heads by Guadagnini are very similar. If this is true of violins, it is less so of cellos. Again here, it seems the luthier thought of the instrument in its entirety, including the volute. He doesn’t simply reproduce a larger version of the template used for violins, but creates a more elongated model (211mm) with a small chamfer which is not yet painted black.

The famous compass marks left behind during the tracing of the scroll, which are often visible on the last turn of the violin volutes, are seldom found in cellos.

The condition of this cello is such that the pin holes have never been filled. We therefore have a unique chance of witnessing how the pin holes were drilled (e.g., the positioning on the cheek and positioning of the pins relative to each other) at that time. To say this is a rare opportunity would be an understatement.

A purfling in the style of Montagnana

The purfling used by Guadagnini for cellos during this period is sometimes thinner than the one used for violins (in the case of this instrument, between 1.2 and 1.4mm). This could seem odd, and no obvious answer exists for this practice. However, it is possible that, through the patronage he received from musicians, he had access to instruments by the masters of the Cremonese and Venetian schools. From the latter school, one master, Domenico Montagnana, became particularly famed for his cellos, and one of the characteristics of his cellos is that they have very thin purfling.

The purfling here has been carefully inserted, and sits at a regular and moderate distance from the edge (3.8mm). The style of jointing and fluting at the corners is also not unlike that of Montagnana.

An exceptional state of preservation

Another example of the miraculous condition of this cello is its varnish. It is preserved over 90% of the instrument, and has kept its original texture. With the exception of the area near the lengthening of the body, the varnish has not been altered in any way (dabbing, varnish retouching, etc.). It is thin, and was probably applied in successive thin layers of a rather liquid paste. The colour is a luminous orange, and examination under UV light reveals a slightly orange white shade which is consistent with other instruments by this master.

The label, which is original, bears the year 1752. The last two numbers are handwritten. When comparing with other labels of the same year, we can observe that the way in which the number 2 is inscribed is identical. It is noticeable that the calligraphy is that of someone not used to writing.

Furthermore, the shape of labels for cellos differs from that of the ones for violins. The outline of the far right of the label follows the curved shape of the inset flourish.

This instrument, very similar to the one known as the ‘Gerardy’ made in 1754 and illustrated on page 200 of the book ‘Giovanni Battista Guadagnini’ by Duane Rosengard, joins the sparse ranks of cellos made by the master in Milan.

Jean-Jacques RAMPAL & Jonathan MAROLLE • Maison VATELOT RAMPAL
© Atelier VATELOT RAMPAL/Christophe DARBELET
Translation : Marc BUTTERLIN