La collection de Luben Yordanoff (1926-2011)

La vente d’instruments du quatuor du 2 décembre 2021 s’annonce exceptionnelle. En effet, elle présentera des œuvres des plus grands luthiers et archetiers, dont un grand nombre proviennent de collections prestigieuses. Celles-ci ont été constituées par des musiciens renommés, à l’image d’Anner Bylsma, Jean-Marie Gamard et Luben Yordanoff. Ce dernier fut une figure incontournable du monde de la musique classique et occupa pendant plus de vingt ans la place de violon solo de l’Orchestre de Paris. A ce titre, il joua sur des instruments de la plus haute qualité, dont Vichy Enchères aura l’honneur de proposer quelques archets à la vente. 


Un musicien de renommée internationale

Débuts et premiers prix

Luben Yordanoff est né en 1926 à Sofia, en Bulgarie, où il s’initie à l’étude du violon.

Après la Seconde Guerre mondiale, il poursuit sa formation en France, au Conservatoire de Paris. Il se forme auprès du violoniste René Benedetti (1901-1975) et suit notamment les cours de musique de chambre dispensés par l’altiste Pierre Pasquier (1902-1986). Rapidement, il remporte un Premier Prix de violon au Conservatoire.

Il reste à Paris à la Libération et travaille pendant neuf ans au Théâtre Marigny avec la Compagnie Madeleine Renaud-Jean-Louis Barrault, dirigée par Pierre Boulez. Il intègre ensuite – et ce dès sa création en 1954 – le Domaine Musical, une société de concerts fondée par Pierre Boulez avec le concours du chef d’orchestre Hermann Scherchen. Le répertoire couvrait principalement la musique préclassique (de Guillaume de Machaut à Jean-Sébastien Bach) et les œuvres du XXe siècle (Debussy, Stravinsky, Messiaen…).

En 1951 et 1955, il est lauréat du célèbre Concours international Reine Elisabeth de Belgique, institué dès 1937 sur une idée d’Eugène Ysaÿe. Dès lors, la carrière de Luben Yordanoff est lancée et sa notoriété devient internationale.

Consécration internationale

Il devient le premier violon solo de l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo, fondé en 1956 et dirigé par Louis Frémaux. Il occupe cette place de 1958 à 1967, ce qui lui permet d’obtenir la nationalité monégasque. En 1967, au moment de l’inauguration de l’Orchestre de Paris, le très réputé chef d’orchestre Charles Munch – appelé par Malraux à diriger l’Orchestre – lui propose d’intégrer celui-ci en tant que premier violon solo.

“Il passe un concours éblouissant et Marcel Landowski – à la fois président de l’orchestre et directeur de la Musique aux Affaires culturelles – obtient de la bienveillance de S.A.S. le Prince Rainier qu’il libère Luben Yordanoff de ses engagements vis-à-vis de l’Orchestre national de Monte-Carlo.”

“Yordanoff et Bourgue, solistes des concerts Bach de l’Orchestre de Paris”, Combat : organe du Mouvement de libération française, 1er février 1971

Luben Yordanoff intègre alors l’Orchestre de Paris et ne quitte sa place qu’à son départ à la retraite en 1991. Un intéressant documentaire sur l’Orchestre de Paris nous permet de voir Luben Yordanoff dirigé par Munch (voir à partir de la minute 3,30).

Parallèlement, il poursuit une carrière de soliste à travers le monde et fait plusieurs tournées aux Etats-Unis ainsi qu’en Europe.

Il mène une brillante carrière de soliste, tant en France qu’à l’étranger, sous la direction des plus grands chefs tels Munch, Karajan, Solti, Boulez, Maazel, Mehta, Giulini ou bien encore Daniel Barenboim […]. Luben Yordanoff joua notamment la partie de solo d’Une Vie de héros de Richard Strauss au cours d’une tournée triomphale en Allemagne sous la direction de Solti, en 1973.”

www.qobuz.com

Maintes fois, son jeu et ses interprétations furent célébrés par les critiques qui ne tarirent pas d’éloges à son égard.

Créations et enregistrements

Luben Yordanoff est à l’origine d’interprétations originales, à l’instar du Concert royal de Darius Milhaud ou du Concerto pour violon d’André Jolivet qui lui permit “de s’affirmer, une fois de plus, comme un soliste de très grande classe.”[1] Avec le violoniste Jean-Louis Ollu, l’altiste Davia Binder et le violoncelliste Guy Besnard, il forme le Quatuor de Paris, “que d’aucuns disent qu’il est « lumineux et passionné », avec lequel il obtient là-encore, un grand succès, apportant un renouveau du répertoire de la musique de chambre”[2].


[1] La Nouvelle revue des deux mondes, 1973

[2] www.musimem.com

Il signe également un grand nombre d’enregistrements récompensés, dont la Danse macabre de Saint-Saëns, le 4e Concerto pour violon en la majeur de Vivaldi, la Sonate pour violon solo (op. 115) de Prokofiev ou encore le Quatuor pour la fin des temps de Messiaen.
Luben Yordanoff était Chevalier de la Légion d’honneur, Commandeur de l’ordre des Arts et lettres, Chevalier de l’ordre du Cavalier de Madara de Bulgarie et Médaille d’Argent de la Ville de Paris. De 1978 à 1981, il donna des cours de musique de chambre au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris. Notons enfin qu’il apparaît dans le film Un coeur en hiver de Claude Sautet et que son fils n’est autre que l’acteur récompensé Wladimir Yordanoff, dont la mort précoce a endeuillé le cinéma français à la fin de l’année 2020.

La collection d’archets

Une quinzaine d’archets des plus grands maîtres provenant de la collection de Luben Yordanoff sera vendue le 2 décembre 2021. Tous en bon état, ils témoignent du grand soin dont fit preuve le musicien pour assurer leur conservation.

Dominique Peccatte

Parmi les plus belles pièces de la collection se trouve cet archet de Dominique Peccatte réalisé vers 1845, durant sa période d’or.

“Cette baguette est très typée, la tête est de forme triangulaire et elle présente toutes les caractéristiques de la belle époque de Peccatte. Elle est également exceptionnelle en raison de son état d’une fraîcheur rare.”

Interview de Sylvain Bigot et Yannick Le Canu, experts en archets

Dès 1840, Peccatte exerce une grande influence sur l’archèterie française et ses archets sont depuis recherchés par les musiciens pour leur beauté et sûreté de jeu. Ils sont particulièrement appréciés des solistes, comme nous le démontre ce modèle ayant appartenu à Yordanoff.

Etienne Pajeot

Cet archet d’Etienne Pajeot confirme l’exigence qualitative de Yordanoff et ses choix éclairés. En effet, l’instrument a été réalisé vers 1835 et s’inscrit pleinement dans l’époque dorée de Pajeot. En très bon état, il offre un bel exemple de son style des années 1835-1845, au type plus féminin et raffiné. Comme nous l’expliquent Sylvain Bigot et Yannick Le Canu, experts en archets, “on sent qu’Étienne Pajeot est au summum de ses capacités et qu’il s’attache aux moindres détails.”[1] 


[1] Interview de Sylvain Bigot et Yannick Le Canu, experts en archets

L’archet est délicat et soigné, et “les matériaux utilisés sont de tout premier ordre. La sélection de bois est peu commune et splendide.”

En outre, parmi les cinq archets d’Etienne Pajeot qui seront vendus le 2 décembre 2021, ce modèle est le seul à présenter un retour à la coulisse en argent.

Joseph Henry

On trouve également un très bel archet de Joseph Henry de sa période de maturité. Celui qui s’est perfectionné auprès de Dominique Peccatte a produit des instruments qui, comme nous le rappellent Bernard Millant et Jean-François Raffin, sont très recherchés pour leur jeu et appréciés, “pour certains, autant que ceux de D. PECCATTE.”[1]


[1] Bernard Millant, Jean-François Raffin, L’Archet, Paris, L’Archet Editions, 2000, tome II, p.313

Réunion des plus grands Maîtres de l’archèterie française

Dans cette merveilleuse collection, on trouve également les archets d’Eugène Nicolas SARTORY, Georges Léon LAMY, Henri Louis GILLET, François LUPOT II,  Charles Nicolas BAZIN, André Georges RICHAUME, François Nicolas VOIRIN, Victor François FETIQUE,  Jules FETIQUE…

Rendez-vous le jeudi 2 décembre 2021 pour la dispersion de ces superbes archets ayant appartenu à Luben Yordanoff, l’un des plus grands violons solos de l’époque contemporaine.

Remerciements
Nous remercions chaleureusement le Concours Reine Elisabeth qui nous a autorisé à utiliser le portait de Luben Yordanoff réalisé à l’occasion de la finale de 1951.

THE LUBEN YORDANOFF COLLECTION (1926-2011)

The auction of string quartet instruments on 2 December 2021 promises to be exceptional. Indeed, it will include lots by the greatest violin and bow makers, many of which come from prestigious collections assembled to renowned musicians, such as Anner Bylsma, Jean-Marie Gamard and Luben Yordanoff. The latter was an important figure in the world of classical music, and for more than twenty years occupied the position of principal violinist of the Orchestre de Paris. In this capacity, he played on instruments and bows of the highest calibre, a few of which Vichy Enchères will have the honour to sell at auction. 


An internationally renowned musician

His beginnings and first awards

Luben Yordanoff was born in 1926 in Sofia, Bulgaria, where he began studying the violin. After World War II, he continued his training in France, at the Paris Conservatory. He trained with the violinist René Benedetti (1901-1975) and took chamber music lessons given by violist Pierre Pasquier (1902-1986). Early on he won a First Prize for violin at the Conservatory.

He remained in Paris after its liberation in 1945 and worked for nine years at the Théâtre Marigny with the Compagnie Madeleine Renaud-Jean-Louis Barrault, conducted by Pierre Boulez. He then joined – from its creation in 1954 – the Domaine Musical, a concert company founded by Pierre Boulez in collaboration with conductor Hermann Scherchen. Its repertoire mainly covered pre-classical music (from Guillaume de Machaut to Jean-Sébastien Bach) and 20th century works (Debussy, Stravinsky, Messiaen, etc.).

In 1951 and 1955, he was laureate of the famous Queen Elisabeth International Competition of Belgium, created in 1937 on an idea by Eugène Ysaÿe. From then on, Luben Yordanoff’s career was launched and he became internationally famous.

International regognition

He became the first concertmaster of the Monte-Carlo Philharmonic Orchestra, founded in 1956 and conducted by Louis Frémaux. He held this position from 1958 to 1967, which allowed him to obtain Monegasque nationality. In 1967, when the Orchestre de Paris was inaugurated, the very famous conductor Charles Munch – called upon to conduct the Orchestra by Malraux – asked him to join it as first solo violinist.

“He succeeded at the auditions in dazzling style, and Marcel Landowski – both president of the orchestra and director of Music at the Department for Cultural Affairs – obtained from HSH Prince Rainier that he freed Luben Yordanoff from his engagements with the National Orchestra of Monte-Carlo.”

“Yordanoff and Bourgue, soloists of the Bach concerts of the Orchestre de Paris”, Combat: organe du Mouvement de liberation française, 1 February 1971

Luben Yordanoff then joined the Orchestre de Paris and retained his position there until his retirement in 1991. An interesting documentary on the Orchestre de Paris includes footage of Luben Yordanoff conducted by Munch (see from minute 3.30).

In parallel, he pursued a career as a soloist around the world and toured the United States and Europe several times.

“He led a brilliant career as a soloist, both in France and abroad, performing with the greatest conductors, such as Munch, Karajan, Solti, Boulez, Maazel, Mehta, Giulini or even Daniel Barenboim […]. In particular, Luben Yordanoff performed the solo part of A Hero’s Life by Richard Strauss during a triumphant tour of Germany under Solti in 1973.”

www.qobuz.com

On many occasions his playing and performances were celebrated by critics, who were full of praise for him.

Debut performances and recordings

Luben Yordanoff can be credited with debuting certain works, such as the Royal Concert of Darius Milhaud or the Concerto for violin of André Jolivet, which allowed him “to demonstrate, once again, his first-class abilities as a soloist.”[1] With violinist Jean-Louis Ollu, violist Davia Binder and cellist Guy Besnard, he formed the Paris Quartet, “which some described as “luminous and passionate”, and with which he again achieved great success, bringing with it a revival of the chamber music repertoire”[2].


[1] La Nouvelle revue des deux mondes, 1973

[2] www.musimem.com

He is also behind a number of award-winning recordings, including the Danse macabre by Saint-Saëns, the 4th Violin Concerto in A major by Vivaldi, the Sonata for solo violin (Op. 115) by Prokofiev and the Quatuor pour la fin des temps by Messiaen.
Luben Yordanoff was made Chevalier de la Legion d’honneur, Commandeur de l’ordre des Arts et lettres, and Knight of the Order of the Madara Cavalier of Bulgaria, and obtained the Silver Medal of the City of Paris. From 1978 to 1981, he gave chamber music lessons at the Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse in Paris. Finally, we should add that he appeared in the film Un coeur en hiver by Claude Sautet and that his son is none other than award-winning actor Wladimir Yordanoff, whose early death left French cinema in mourning at the end of 2020.

The collection of bows

Around fifteen bows from the collection of Luben Yordanoff will be sold on 2 December 2021. Made by the greatest masters, their good condition attests to the great care taken by the musician to preserve them for future generations.

Dominique Peccatte

Among the most beautiful pieces in the collection is this bow by Dominique Peccatte, made around 1845, during his golden period.

“This stick is very typical; the head is triangular in shape and it has all the features associated with Peccatte’s best period. It is also exceptional because of the rarity of its excellent condition.”

Interview with Sylvain Bigot and Yannick Le Canu, bow experts

From 1840, Peccatte had a great influence on French bow making and, ever since, his bows have been sought after by musicians for their beauty and playing qualities. They are particularly prized by soloists, as this example which belonged to Yordanoff demonstrates.

Etienne Pajeot

This bow by Etienne Pajeot attests to Yordanoff’s rigorous standards of quality and to the enlightened choices he made. Indeed, this bow was made around 1835 and is very representative of Pajeot’s golden period. It is in very good condition, and is a fine example from the period 1835-1845, characterised by a more feminine and refined style. As bow experts Sylvain Bigot and Yannick Le Canu explain, « one can sense that Etienne Pajeot is at the peak of his abilities and that he pays attention to the smallest details. »[1] 


[1] Interview with Sylvain Bigot and Yannick Le Canu, bow experts

The bow is delicate and neat, and “the materials used are of the highest calibre. The wood is unusual and of superb quality.”

In addition, of the five Etienne Pajeot bows to be sold on 2 December 2021, this example is the only one to feature a silver plate on the bottom slide.

Joseph Henry

Also included in the sale is a very beautiful bow by Joseph Henry from his mature period. He perfected his art under Dominique Peccatte and produced bows which, as Bernard Millant and Jean-François Raffin point out, are highly sought after for their playing qualities and appreciated, “by some, as much as those by D. PECCATTE.”[1]


[1] Bernard Millant, Jean-François Raffin, L’Archet, Paris, L’Archet Editions, 2000, tome II, p.313

The greatest Masters of french bow making reunited

In this wonderful collection, we also find bows by Eugène Nicolas SARTORY, Georges Léon LAMY, Henri Louis GILLET, François LUPOT II, ​​Charles Nicolas BAZIN, André Georges RICHAUME, François Nicolas VOIRIN, Victor François FETIQUE, Jules FETIQUE, etc.

See you on Thursday 2 December 2021 for the sale of these superb bows, which belonged to Luben Yordanoff, one of the greatest solo violinists of our times.

Acknowledgements
We would like to thank the Queen Elisabeth Competition for allowing us to use the portrait of Luben Yordanoff taken during the 1951 final.

🚀 Suivez-nous !