Vichy Enchères

Des archets couvrant plus de 70 ans de création de la famille Ouchard

Les 4, 5 et 6 juin 2024, plusieurs archets de la famille Ouchard seront dispersés à Vichy Enchères. Cet exceptionnel ensemble d’instruments réalisés par Ouchard Père, Ouchard Fils et Bernard Ouchard, cristallise à merveille l’histoire de la famille et le savoir-faire mis en œuvre par ces archetiers de renom sur plusieurs générations. Couvrant une période de plus de 70 ans de création, ces archets nous exposent tout le génie de la famille qui sut jongler, avec habileté et finesse, entre la tradition et l’innovation.


Émile François Ouchard

Les débuts avec Eugène Cuniot

Né le 30 avril 1872 à Mirecourt, Emile François Ouchard, dit Ouchard Père, est issu d’une famille de tourneurs sur bois comprenant quelques luthiers, à commencer par son grand-père Jean-Joseph Ouchard (1809-1875). C’est à l’âge de quatorze ans qu’Emile François Ouchard s’oriente également sur le chemin de la lutherie et entre, l’année 1886, en apprentissage chez Eugène Cuniot.

L’atelier “Cuniot-Hury” avait alors une production importante, permettant à Emile François Ouchard de se former auprès du maître, tout en conservant une certaine liberté stylistique. Les ouvriers de l’atelier pouvaient en effet s’exprimer dans une facture personnelle, rendant parfois difficile l’attribution de certains modèles non signés. Le style d’Emile François Ouchard est ainsi perceptible relativement tôt sur des archets réalisés pour Cuniot-Hury.

Par de multiples alliances et sur plusieurs générations, la famille Ouchard fut apparentée à un grand nombre de luthiers, dont Nicolas Eugène Farfelier, Charles Nicolas Emile Salzard, Claude Charles Nicolas Husson ou encore Joseph Arthur Vigneron.

L’union d’Emile François Ouchard à Marie-Joséphine Collin en 1896 ne fit que d’enrichir les alliances de la famille avec des luthiers mirecurtiens, puisque trois de leurs filles épousèrent respectivement François Lotte, René Vincent Gérome et Paul Charles Morizot.

Le travail avec son fils Émile Auguste Ouchard

A la mort de Cuniot en 1910, Ouchard Père continua de travailler auprès de la veuve de son maître, Françoise Marguerite Hury, et ce jusqu’en 1922. Durant cette période, Ouchard Père fut rejoint par son fils, Emile Auguste Ouchard, qui entra en formation en 1913, alors âgé de 13 ans. A la mort de la veuve de Cuniot en 1922, Ouchard Père s’établit à son compte au deuxième étage d’un immeuble situé au 1 rue Canon à Mirecourt. Son fils, qui le suivit également dans ce nouvel atelier, faisait alors partie d’une équipe s’élevant, en 1936, à 15 ouvriers – touchant chacun le même salaire.

C’est à partir de cette période qu’Ouchard Père commença à signer ses premiers archets par la marque “Émile OUCHARD”, sans toutefois abandonner celle de “CUNIOT-HURY”, que l’on retrouve sur un certain nombre d’instruments des années 1920, – comme c’est le cas du modèle monté argent daté vers 1923-25, des ventes Vichy Enchères de juin 2024.

Au sein de l’atelier, père et fils travaillèrent côte à côte pendant près de 25 ans et réalisèrent ensemble des archets de très belle facture, comptant parmi leurs plus beaux instruments.

“Par ses qualités de pédagogue, sa rigueur, son goût du travail bien fait, Emile OUCHARD Père est incontestablement à l’origine de la très grande qualité de l’œuvre de son fils et de la renommée de cette grande famille.”

Bernard Millant, Jean-François Raffin, L’Archet, L’Archet Editions, 2000, p.127

Ouchard Père garda le contrôle sur l’atelier jusqu’à la fin de sa vie, même lorsqu’il en céda la direction à son fils en 1937. La place importante que prenait son père a sans doute contribué au départ d’Ouchard Fils pour Paris en 1940, à l’âge de 30 ans.

Ouchard Père, au contraire, ne quitta jamais sa ville natale de Mirecourt. De 1940 à sa mort en 1951, il dirigea ainsi seul l’atelier et continua de travailler avec des archetiers mirecurtiens. Tout au long de sa carrière, il gagna en notoriété et ses archets furent largement reconnus comme de grande qualité, en atteste l’exceptionnel échantillon présenté aux ventes de juin 2024.

Ouchard Père et les archetiers de son temps

Outre son fils, Emile François Ouchard forma tout au long de sa carrière un grand nombre d’archetiers, qu’il amena au perfectionnement. Parmi les artisans qui bénéficièrent de son enseignement et de son influence, on peut citer Paul Audinot, François Lotte, André et Raymond Richaume, ou encore Marcel Mangenot (pour n’en nommer que quelques-uns). Au-delà de ce savoir-faire technique, Émile François Ouchard transmit à ses apprentis des valeurs traditionnelles et une certaine éthique du travail bien fait qui caractérisa la famille durant plusieurs générations. Sa rigueur, son dévouement au métier et son souci de qualité sont à l’origine de la renommée de la famille dans le monde de la lutherie, et contribuèrent au rayonnement de plusieurs archetiers de talent.

Bien qu’il n’ait jamais quitté Mirecourt, Ouchard Père resta toute sa vie en relation avec les acteurs majeurs du monde de l’archeterie et de la lutherie. L’installation de son fils à Paris en 1940 lui permit notamment de renforcer les liens de l’atelier avec les archetiers de la capitale. Ouchard Père travailla entre autres pour Joseph Aubry, Paul et Olivier Bisch, Georges Coné, Charles Enel, ou encore pour la marque Diens, – ce dont témoignent plusieurs archets des ventes Vichy Enchères de juin réalisés environ entre 1925 et 1930.

Ce travail pour les Maisons de lutherie françaises et étrangères explique qu’une partie de la production d’Emile François Ouchard Père ne soit pas signée – la coutume voulant que les revendeurs apposent leur propre marque au fer sur les archets commandés.

Réellement passionné, il avait encore à la veille de sa mort, en 1951, un apprenti et un ouvrier.

Émile Auguste Ouchard

La formation auprès de son père

Émile Auguste Ouchard est né le 24 juillet 1900 à Mirecourt. Fils d’Émile François Ouchard et de Marie-Joséphine Collin, il baigna très tôt dans l’univers de l’archeterie. Dès l’âge de treize ans, il entama un apprentissage auprès de son père, au sein de l’atelier Cuniot-Hury. À la mort d’Eugène Cuniot, père et fils continuèrent de travailler ensemble pour Françoise Marguerite Hury jusqu’en 1922. Cette période façonna durablement la carrière d’Émile Auguste Ouchard, qui s’imprégna du savoir-faire de son père.

En 1922, Ouchard Fils épousa Andrée Marie Charlotte Petot, avec qui il eut par la suite quatre enfants. Alors que son père s’établit à son compte cette même-année, il resta à ses côtés et continua à se perfectionna auprès de lui. Ce travail conjoint avec son père est à l’origine de sa maturation artistique et technique, puisqu’elle lui permit de s’affirmer stylistiquement, tout en héritant de la technicité d’Ouchard Père. Les ventes Vichy Enchères de juin 2024 présentent plusieurs beaux archets significatifs de cette époque cruciale.

“Les archets qu’il réalise, sur le modèle de son père, sont d’une grande qualité et portent déjà la marque de son propre travail : – l’arrière des têtes est assez carré […] les hausses adoptent quelquefois le modèle VUILLAUME mais, généralement, avec des cercles […]. Les coulisses, à cette époque, sont toujours goupillées.”

Bernard Millant, Jean-François Raffin, L’Archet, L’Archet Editions, 2000, p.377

La maturité : les années 1930-1940

Dans les années 1930, le style d’Émile Auguste Ouchard s’affina et s’émancipa progressivement de celui de son père, tendant alors vers un modèle plus en rondeur. Doté d’un esprit créatif et d’une volonté d’innover, Ouchard Fils se démarqua et fut à l’origine de modèles parfois surprenants, à l’image d’un rare archet miniature en ivoire réalisé vers 1930, – qui resta dans sa collection personnelle. Comme nous le rappellent les experts Sylvain Bigot et Yannick Le Canu, cet archet miniature était dans un cadre utilisé pour les expositions.

Ouchard Fils a aussi particulièrement travaillé sur les coulisses, mettant en application un certain nombre d’innovations à partir de 1935, dont l’introduction de vis en acier ou l’utilisation du modèle “ Hill ”, – d’abord employé pour la fabrication d’instruments réalisés pour Roger et Max Millant, puis adopté de manière systématique. Il est intéressant de noter que son neveu, Roger Lotte, travailla aussi pour les Millant et utilisa ce même modèle de coulisse à partir des années 1950.

Comme précédemment évoqué, Émile Auguste Ouchard reprit l’atelier familial en 1937, sous le contrôle de son père. C’est à cette période que sa première marque au fer apparaît, « E. A. OUCHARD Fils », et que l’on retrouve sur des archets jusqu’en 1940, – date à laquelle il décida de s’installer à Paris. Ce déménagement, certainement motivé par un besoin d’indépendance vis-à-vis de son père et des relations tumultueuses qu’il pouvait entretenir avec lui, marqua le début d’une carrière davantage tournée vers l’internationale. Rapidement, son talent fut reconnu.

Il participa à l’Exposition universelle de Paris en 1937 et, dès 1942, fut consacré par l’obtention du Grand Prix de l’Exposition des Artisans de Paris. Installé au 54 rue de Rome à Paris, au quatrième étage, il signait à cette époque « E. A. OUCHARD PARIS ». Sa production fut dès lors considérée comme un gage de qualité et d’excellence. Son style évolua vers une plus grande minutie, notamment dans le traitement des hausses et de leur grain de nacre, tandis que les têtes gagnèrent en robustesse.

Les États-Unis

En 1946 et suite à des soucis familiaux, il saisit l’opportunité que lui offrit Lazare Rudié et s’envola, encouragé par Yehudi Menuhin, pour New York. Là-bas, dans l’effervescence de la ville, il collabora avec Rudié, dans son atelier situé au 100 W 49th Street, tout en préservant son statut d’indépendant.

A cette période, il apposa alors la marque  » Émile A. OUCHARD – NEW YORK  » sur ses instruments. Son séjour aux États-Unis fut également marqué par un partenariat exclusif contracté dès 1948 avec la maison William Lewis & Son, alors implantée à Chicago, 30 E. Adams Street.

Durant l’année 1948, il déménagea dans l’Illinois où il acheta une maison au 318 Van Buren Street, à Batavia. Il continua à produire des archets qu’il ne signait plus que par “Emile A. OUCHARD”, et qu’il revendait notamment lors de ses passages annuels à Paris. En 1951, après avoir vendu sa maison dans l’Illinois, il revint à New York pour poursuivre son travail. Il s’installa d’abord dans le Bronx puis à Forest Hills, où il travailla dans un local prêté par Jacques Français, sur la 57e rue, tout en gardant son indépendance :

“ Ne crois pas que je sois lié, j’aime trop mon indépendance, mon travail est à moi, je loue seulement l’atelier. ”

Lettre à Albert Claudot, citée dans Hélène Claudot-Hawad. ” La lutherie se meurt ”… Chronique épistolaire de la crise des années 1950- 60. Klein, Valérie (Musée de Mirecourt) & Buob, Baptiste (CNRS). LUTHIERS. DE LA MAIN À LA MAIN, Actes Sud, pp.66-81, 2012, p.4.

En 1954, il est rejoint à New York par son fils Jean-Claude Ouchard, également archetier (voir dernier paragraphe). Durant son séjour aux Etats-Unis, Ouchard Fils, toujours guidé par sa recherche de perfection technique et sonore, voyagea au Brésil afin de sélectionner personnellement le bois de pernambouc servant à la fabrication des archets. Une lettre du 19 janvier 1956 nous apprend notamment qu’il se rendit quinze jours au Brésil pour acheter du pernambouc et qu’il attendit son bois pour février, bien qu’ayant déjà 3 tonnes de stock[1]. Ce souci qualitatif est une constante dans sa carrière et explique que ses instruments, de grande qualité, aient très tôt été prisés des plus grands musiciens de son temps.


[1] Hélène Claudot-Hawad. ” La lutherie se meurt ”… Chronique épistolaire de la crise des années 1950- 60. Klein, Valérie (Musée de Mirecourt) & Buob, Baptiste (CNRS). LUTHIERS. DE LA MAIN À LA MAIN, Actes Sud, pp.66-81, 2012, p.12.

La lutherie en crise dans les années 1950

“ De plus en plus, la lutherie se meurt et je le regrette pour les luthiers qui aimaient leur métier ”[1] écrivait Emile Auguste Ouchard à Albert Claudot, son ami luthier installé à Dijon, dans une lettre du 30 mars 1956. Entre 1955 et 1961, Claudot aurait ainsi reçu une centaine de lettres reflétant la crise de la lutherie à l’époque. Installé aux Etats-Unis, Ouchard Fils ne fut pas épargné et finit notamment par vendre sa maison de Batavia, trop éloignée de New York. “ [La] clientèle particulière ne vient pas à la maison et tu dois penser que la clientèle directe est préférable aux revendeurs ”. C’est ainsi qu’il se retrouva dans l’atelier new-yorkais proposé par son ami Jacques Français, également originaire de Mirecourt. Face à cette crise de la lutherie, Ouchard Fils dû se résoudre à assurer principalement des réparations et s’en sortit grâce à sa clientèle de confrères, professeurs de musique et de marchands.


[1] Hélène Claudot-Hawad. ” La lutherie se meurt ”… Chronique épistolaire de la crise des années 1950- 60. Klein, Valérie (Musée de Mirecourt) & Buob, Baptiste (CNRS). LUTHIERS. DE LA MAIN À LA MAIN, Actes Sud, pp.66-81, 2012, p.1.

La situation ne concernait pas seulement les Etats-Unis, mais également la France qui, comme nous l’apprend Pierre Enel en 1951, était le théâtre d’“ un grand lessivage ”. “ [Chez Laberte, ils] mettent à pied toutes les semaines leurs ouvriers. Tout le monde se plaint. A Paris, c’est de même. ”[1] L’activité fut un peu relancée devant la pénurie d’instruments anciens mais cela ne suffit pas. Les luthiers s’appuyèrent alors sur leur réseau, notamment le fort réseau mirecurtien, pour s’entraider. Ils échangeaient entre autres du matériel. Ainsi, on faisait venir de la colle fine de Paris, tandis que des cordes étaient expédiées de New-York – à l’exemple d’Ouchard Fils et d’Albert Claudot (lettre du 19 janvier 1956). Toutefois, suite à cette crise des années 1950, Emile Auguste Ouchard rentra en France en 1960, après quatorze ans passés aux Etats-Unis.


[1] Hélène Claudot-Hawad. ” La lutherie se meurt ”… Chronique épistolaire de la crise des années 1950- 60. Klein, Valérie (Musée de Mirecourt) & Buob, Baptiste (CNRS). LUTHIERS. DE LA MAIN À LA MAIN, Actes Sud, pp.66-81, 2012, p.6.

Fin de carrière en France et séjour près de Vichy

A son retour en France, Ouchard Fils s’établit d’abord dans les Pyrénées-Atlantiques, à Gan, où il divorça d’Andrée Marie Charlotte Petot. Il se remaria en 1963 avec une résidante de Gan, Renée Marie Flaux, et déménagea avec elle près de Vichy, à Cognat-Lyonne. Toujours aussi inventif, il mit au point un modèle d’archet identique pour le violon, l’alto, le violoncelle et la contrebasse, dont seule la taille variait en fonction de l’instrument. Les archets de cette période parvenus jusqu’à nous sont plus rares. Cependant, la vente du 6 juin 2024 en comprend un beau modèle pour alto, réalisé vers 1965, et signé “Emile Ouchard”. 
Son retour en France ne sonna pas la fin de son commerce avec les Etats-Unis, puisqu’il continua ses échanges avec les Etats-Unis. Dans des lettres de 1961 à Albert Claudot, il est notamment question d’archets de Chicago (certainement ceux pour Lewis & Son) et d’un Peccatte qu’il projettait de proposer à un client américain[1]

“ Aussi surprenant que cela paraisse, il était encore officiellement sous contrat avec WILLIAM LEWIS & SON à la date de sa mort. ”

Christopher Brown cité dans L’Archet, 2000, p.378

Infatigable, il multiplia ainsi tout au long de sa vie les collaborations. Outre celles déjà évoquées, nous pouvons également mentionner sa production pour Joseph Aubry, Paul Beuscher, Chanot & Chardon, Emile Français, Paul Lorange, Lucien Schmitt ou encore Paul Serdet.
Victime d’un accident cérébral dans les années 1960, il poursuivit sa production jusqu’à sa mort en 1969.


[1] Lettre à Albert Claudot, citée dans Hélène Claudot-Hawad. ” La lutherie se meurt ”… Chronique épistolaire de la crise des années 1950- 60. Klein, Valérie (Musée de Mirecourt) & Buob, Baptiste (CNRS). LUTHIERS. DE LA MAIN À LA MAIN, Actes Sud, pp.66-81, 2012, p.9

Bernard Ouchard

L’héritage du savoir-faire d’Emile Auguste Ouchard

Emile Auguste Ouchard eut deux fils de son premier mariage, qui furent également archetiers. Le fils aîné, Bernard Ouchard, naquit le 15 février 1925 à Mirecourt et, tout comme son père et son grand-père avant lui, entra en apprentissage à seulement treize ans dans l’atelier familial.

En 1941, il suivit son père à Paris où il le seconda dans la fabrication d’archets, adoptant notamment la coulisse « Hill », si chère à son père. La guerre interrompit sa carrière, puisqu’il s’engagea dans les Forces Françaises de l’Intérieur. Il en sortit décoré de la Croix du Combattant.

Peu après le départ de son père aux Etats-Unis et sur recommandation de Marcel Lapierre, il partit travailler chez Vidoudez à Genève, où il resta de 1949 à 1971. Il fabriqua alors des archets inspirés du savoir-faire de son père, notamment en ce qui concerne le traitement des hausses. Ses instruments sont souvent caractérisés par des boutons à gorge à entaille en V et des hausses à la fois pleines et rondes.

Durant ces années, Bernard Ouchard contribua à la réalisation de certains des plus beaux archets de la Maison Vidoudez.

Le professeur de Mirecourt

En 1971, son parcours prit un nouveau tournant, puisqu’il regagna Mirecourt après s’être vu offrir le poste de professeur d’archèterie de la mythique École de Lutherie. Impliqué et passionné, il forma alors avec dévouement de nombreux jeunes archetiers de talent, contribuant ainsi au renouveau de l’archèterie française.

Entre 1971 et 1979, il enseigna à de nombreux archetiers aujourd’hui connus, tels que Éric Granchamp, Jean Grunberger, Sylvie Masson, Stéphane Muller, Jean-Pascal Nehr, Benoît Roland, Arnaud Suard, Georges Tépho ou encore Stéphane Tomachot. A sa mort le 2 juin 1979, c’est Roger Lotte qui se chargera de former les deux dernières promotions.

Les anciens élèves de Bernard Ouchard gardent un fort souvenir de leur formation auprès de Bernard Ouchard. Jean-Pascal Nehr, qui fit son apprentissage à Mirecourt en 1974, se souvient de l’exigence de son maître et de la forte emprise qu’il avait sur lui.

Sylvie Masson reste quant à elle marquée par le fait d’avoir été la première femme à fabriquer un archet complet, et ce dans la classe de Bernard Ouchard. Ces quelques mots de Stéphane Muller donnent une idée plus précise de l’enseignement du maître :

“ Notre maître Bernard Ouchard appliquait une pédagogie tout à fait personnelle, souvent bien différente de celle de nos autres professeurs et où l’art prenait parfois le dessus.

Nous allions régulièrement le consulter à son établi pour avoir son avis et ses commentaires sur les opérations que nous avions effectuées.

Pour ce qui concernait la technique, il était intraitable et son verdict était sans appel.

Mais il en était autrement pour ce qui concernait l’esthétique. Pour façonner la tête il était de règle d’utiliser les gabarits et modèles qu’il nous avait fait fabriquer suivant ses propres formes et ce en les respectant scrupuleusement. ”

Interview donnée à Toulouse le 10 Avril 2011

Durant ces années, Bernard Ouchard n’abandonna pas la fabrication d’archets et réalisa notamment de très beaux modèles, à l’image des archets de violon et d’alto de la vente du 6 juin 2024, fabriqués vers 1975. A cette époque, ses archets n’étaient plus à coulisse “Hill” mais adoptaient la coulisse traditionnelle.

La production de Bernard Ouchard reste toutefois restreinte, bien que toujours de qualité. Cette rareté s’explique en partie par sa mort prématurément à l’âge de 54 ans.

Jean-Claude Ouchard

Le dernier archetier de la dynastie

Enfin, comme précédemment évoqué, le second fils de Bernard Ouchard, Jean-Claude Ouchard, fut aussi archetier. Né en 1935, il commença son apprentissage comme de coutume à l’âge de quatorze ans, intégrant l’atelier de Louis Bazin en 1949. A cette époque, son père était déjà aux Etats-Unis et il n’était pas question de se former ailleurs qu’en France. Son chemin le mena ensuite chez son oncle François Lotte, auprès duquel il affina ses compétences, et travailla aux côtés de son cousin Roger-François Lotte. L’année 1954 marqua un tournant dans sa carrière, puisqu’il partit rejoindre son père installé à New York depuis 1946. Là-bas, il travailla dans l’atelier de Jacques Français jusqu’en 1958. Cette immersion outre-Atlantique élargit son horizon et nourrit son travail. En 1958, il regagna la France et plus précisément le fief familial de Mirecourt, où il intégra l’atelier de Marcel Lapierre, alors que son père poursuivait son travail aux États-Unis.

Moins d’un an plus tard, il quitta à nouveau la France pour les Pays-Bas. Durant une dizaine d’années, de 1959 à 1968, on le retrouvait ainsi aux côtés de Max Möller, se spécialisant dans la restauration d’archets. De retour en France, il mit son expertise au service de la formation, travaillant cinq ans chez Ary France à Carmaux et enseignant l’archèterie à des personnes en situation de handicap, et selon un procédé semi-industriel. C’est seulement en 1978 qu’il choisit de s’établir à son propre compte à Mirecourt, avenue Louis Buffet, où il exercera jusqu’en 1988. Enfin, il intégra l’entreprise locale “Cablé” en 1989, et produisit pour celle-ci des archets jusqu’en 1993, date de sa retraite.

Ses instruments sont estampillés de la marque au fer « J. CL. OUCHARD » et témoignent de la transmission du savoir-faire élaboré sur plusieurs générations par la famille Ouchard. Jean-Claude Ouchard s’éteignit en 2012.

Nous vous donnons rendez-vous du 4 au 6 juin 2024, à Vichy Enchères, pour découvrir un exceptionnel ensemble d’archets réalisés par les différents membres de la famille Ouchard, venant cristalliser l’histoire de la dynastie et l’excellence de son savoir-faire.


BOWS COVERING MORE THAN 70 YEARS OF CREATION BY THE OUCHARD FAMILY

On 4, 5 and 6 June 2024, several bows belonging to the Ouchard family will be auctioned at Vichy Enchères. This exceptional collection of instruments, made by Ouchard Père, Ouchard Fils and Bernard Ouchard, perfectly encapsulates the family’s history and the expertise of its renowned bow-makers over several generations. Covering a period of over 70 years of creation, these bows showcase the genius of the family, which juggled tradition and innovation with skill and finesse.


Translation coming soon…

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