Vichy Enchères

Les vitraux de Francis Chigot à Vichy : restaurer et transmettre un patrimoine

L’exposition consacrée à Francis Chigot au Centre culturel de Vichy est l’occasion de redécouvrir l’importance de l’œuvre du maître-verrier dans la ville. Elle permet également de mettre en lumière le travail de conservation dont ses œuvres font aujourd’hui l’objet. À cette occasion, nous avons souhaité nous associer à la restauration des vitraux du Petit Casino en tant que mécène. Cette démarche s’inscrit dans notre attachement au patrimoine vichyssois et à la conservation des œuvres qui témoignent de l’histoire artistique de notre ville. Le lien est d’autant plus naturel que l’un des trois panneaux du triptyque est consacré à la musique. Il fait écho à la spécialité qui distingue Vichy Enchères depuis sa création en 1983 – celle des instruments de musique – représentés dans toute leur diversité par Chigot.

Par Cécile Alves-Convert, documentaliste pour Vichy Enchères

Une restauration nécessaire à la conservation des œuvres

Les vitraux anciens sont des œuvres particulièrement sensibles. Le verre, les plombs et les armatures qui composent les verrières sont soumis au vieillissement et aux contraintes liées à leur environnement architectural. La restauration visait à préserver ces différents éléments et à maintenir la cohérence de l’ensemble. Elle a nécessité de prendre en considération les matériaux employés à l’origine et les techniques mises en œuvre par l’atelier.

En effet, le verre n’est pas un simple support du décor, puisqu’il participe à l’éclat de ses couleurs, à leurs jeux de transparences et à leurs textures. Comme l’écrivait Chigot, il faut :

“Laisser au verre le maximum de couleur, de limpidité, de luminosité”

F. Chigot, La Vie Limousine, 1930

Le triptyque du Petit Casino

Les vitraux restaurés appartiennent à l’ensemble décoratif réalisé pour le Petit Casino à la fin des années 1920.

Construit par les architectes Antoine Chanet et Jean Liogier, le bâtiment est inauguré en 1929 et présente une architecture et un décor s’inscrivant pleinement dans l’esthétique Art déco.

Pour l’escalier du théâtre, l’atelier de Francis Chigot réalise un monumental triptyque consacré aux trois genres du spectacle que sont la comédie, la musique et la tragédie. Les cartons sont dus à Pierre Parot, principal collaborateur de Chigot.

Le premier panneau représente les personnages de la Commedia dell’arte. Pierrot, Colombine et Arlequin sont disposés dans une composition caractérisée par des lignes et des attitudes dynamiques.

Le deuxième panneau est consacré à la musique. Un orchestre réunit plusieurs instruments comprenant un violoncelle, des percussions, un piano, une guitare, une harpe ou encore un tuba. L’ensemble est dominé par un chef d’orchestre placé devant des tuyaux d’orgue. Le fait de contribuer à la restauration d’une œuvre dans laquelle les instruments occupent une place aussi importante donne à ce mécénat une dimension particulière, puisque notre maison de ventes est précisément spécialisée dans les instruments de musique.

Le troisième panneau représente une allégorie de la Tragédie. Une femme, poignard à la main, apparaît devant une ville incendiée et transpercée par une lance.

Ainsi, le programme iconographique est directement lié à la fonction du bâtiment puisque le Petit Casino est un lieu consacré au spectacle et que les trois verrières en reprennent les principaux genres.

Une œuvre représentative de la modernité de Chigot

Au-delà de son sujet, le triptyque du Petit Casino témoigne de l’évolution esthétique de l’atelier Chigot. Les compositions utilisent des lignes obliques, des couleurs contrastées et une grande variété de verres imprimés, convoquant un vocabulaire graphique proche du cubisme ou du futurisme. Cette modernité caractérise plusieurs réalisations de l’atelier dans les années 1920.

Après les premières commandes réalisées à Vichy dans des styles plus historiques ou Art nouveau, Chigot et ses collaborateurs adoptent progressivement des formes plus géométriques et un langage décoratif correspondant aux recherches de l’entre-deux-guerres.

Le triptyque du Petit Casino est à ce titre un exemple particulièrement représentatif de cette évolution.

Francis Chigot à Vichy

Francis Chigot reçoit sa première commande à Vichy en 1910, à l’occasion des travaux de transformation du Grand Casino.

L’atelier intervient ensuite dans de nombreux bâtiments de la ville, tels que le Casino des Fleurs, le Royal-Hôtel, la Banque de France, le Bon Marché, l’Hôtel Albert Ier, l’Hôtel de Ville ou encore plusieurs édifices religieux.

Cette présence témoigne de la diversité des commandes auxquelles l’atelier répond au cours des deux premières décennies du XXe siècle.

Préserver un patrimoine fragile

Malheureusement, tous les vitraux que Francis Chigot a réalisé pour Vichy n’ont pas été conservés. Certaines œuvres destinées aux commerces et aux établissements privés ont disparu au gré des transformations des bâtiments et des changements de décoration.

Les vitraux encore conservés dans leur bâtiment d’origine revêtent donc une importance particulière. Ils sont des témoignages précieux de l’activité de l’atelier à Vichy et, plus largement, de l’histoire de l’architecture et des arts décoratifs dans la ville au début du XXe siècle.

Leur restauration permet ainsi de préserver ces témoignages directs et de les maintenir dans leur environnement architectural.

En tant que maison de ventes, nous sommes quotidiennement amenés à travailler sur des objets et des œuvres dont la valeur tient autant à leur intérêt artistique qu’à leur histoire. Ce mécénat s’inscrit donc tout particulièrement dans nos missions et est une autre manière de prendre part à ce travail de valorisation et de redécouverte du patrimoine.

L’exposition, une occasion de redécouvrir Chigot

Cette belle exposition présentée au Centre culturel de Vichy permet de replacer les vitraux du Petit Casino dans l’ensemble de la production de Francis Chigot.

Le riche ensemble de maquettes, d’archives et d’œuvres présentées offre un fidèle aperçu du travail et de la production de Chigot, aidant à mieux comprendre le fonctionnement de son atelier, de ses collaborations, ainsi que l’évolution de son langage artistique.

Elle rappelle également l’importance de la ville de Vichy dans la carrière du maître-verrier. En effet, pendant près de vingt ans, son atelier participa au décor de nombreux bâtiments de la ville.

Nous sommes très heureux d’avoir pu contribuer, à notre mesure, à la restauration et à la transmission de cette œuvre. Nous vous invitons, si cela n’est pas encore fait, à aller visiter cette remarquable exposition qui se tient au centre culturel de Vichy jusqu’au 20 septembre 2026.


FRANCIS CHIGOT’S STAINED-GLASS WINDOWS IN VICHY: RESTORING AND PRESERVING OUR HERITAGE

The exhibition dedicated to Francis Chigot at the Vichy Cultural Centre offers an opportunity to rediscover the significance of this master glassmaker’s work in the town. It also highlights the conservation work currently being carried out on his pieces. To mark this occasion, we wished to support the restoration of the stained-glass windows at the Petit Casino as a patron. This initiative reflects our commitment to Vichy’s heritage and to the conservation of works that bear witness to our city’s artistic history. The connection is all the more natural given that one of the three panels in the triptych is dedicated to music. It echoes the specialism that has distinguished Vichy Enchères since its foundation in 1983 – that of musical instruments – represented in all their diversity by Chigot.

By Cécile Alves-Convert, archivist at Vichy Enchères

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