Vichy Enchères

L’unique épinette connue d’Armand-Joseph Lion, facteur d’orgues à Mons

Présentée à la vente le 2 mai 2026, cette épinette en aile d’oiseau signée et datée de 1786 par Armand-Joseph Lion s’offre à nous comme un témoignage rare de la facture instrumentale provinciale à la fin du XVIIIème siècle. Exclusivement connu jusque-là pour ses orgues réalisés dans le Hainaut, Armand-Joseph Lion apparaît ici sous un jour plus intimiste – celui d’un artisan capable d’adapter son savoir-faire à la sphère domestique. Cet instrument éclaire non seulement l’œuvre d’un facteur régional reconnu en son temps, mais aussi la vitalité de foyers artistiques en dehors des grands centres qu’étaient Londres ou Paris.


Armand-Joseph Lion (1720-1805)

Armand-Joseph Lion est né en 1720 à Ciply, près de Mons. Il est principalement connu en tant que facteur d’orgues, actif dans le Hainaut et son activité témoigne de la vitalité de ce type d’instrument au XVIIIème siècle.

L’ouvrage le plus ancien, connu de sa main, est la reconstruction de l’orgue de la chapelle de l’hôpital Sainte-Élisabeth à Brugelette, en 1752-1753. Par la suite, Armand-Joseph Lion se vit confier la réalisation de plusieurs orgues d’églises de la région, dont celui de Wasmes (vers 1762-1775), celui de Saint-Symphorien en 1763, ainsi que les orgues d’Houtain-le-Val en 1773 et de Frasnes-lez-Buissenal en 1774. En 1767, il participe également à la restauration de l’imposant orgue de l’abbaye de Cambron, lui conférant probablement son buffet monumental[1].

Armand-Joseph Lion avait ainsi une notoriété régionale importante à son époque. En mai 1797, c’est à lui que l’on confiait la mission d’“appréciateur des orgues des établissements supprimés” pour le département de Jemappes (Mons). À ce titre, il était alors chargé d’inspecter et d’expertiser les orgues provenant des couvents et abbayes fermés pendant la Révolution.

Cette fonction officielle atteste, une fois encore, de la réputation dont il jouissait dans toute la région.
Armand-Joseph Lion s’est éteint à Mons le 5 juin 1805, au terme d’une longue carrière.


[1] Bernard Carlier, Benoit Lebeau, Matthias Maudoux et al., Les grandes orgues de la collégiale Saint-Waudru de Mons, Association Saint-Waudru, 2018

Bien que spécialiste des orgues, Lion a occasionnellement étendu son activité à d’autres instruments à clavier, comme nous l’apprend aujourd’hui la découverte de cette épinette. En aile d’oiseau et signée de sa main en 1786, elle en est le témoignage direct. Cette réalisation, hors du domaine strict de l’orgue, est donc un précieux document historique attestant de la diversité de son savoir-faire et de sa capacité à s’adapter aux besoins des commanditaires de son temps.

Cette épinette est donc particulièrement importante, puisqu’elle enrichit notre connaissance de l’œuvre d’Armand-Joseph Lion, tout en apportant un nouvel exemple de l’activité et de la diversité du savoir-faire des facteurs d’orgues au XVIIIe siècle.

La facture instrumentale en province aux anciens Pays-Bas et en France au XVIIIe siècle

Dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, la production d’instruments à clavier connaît un essor principalement dans les grandes capitales culturelles, à l’instar de Paris et Londres. Néanmoins, en dehors de ces centres, une facture instrumentale provinciale – plus modeste mais significative – se développe dans les régions des anciens Pays-Bas (actuelle Belgique) et de France. Les épinettes dites “en aile d’oiseau” y occupent une place notable.

L’épinette appartient à la famille des instruments à clavier à cordes pincées, au même titre que le clavecin et le virginal. Apparue à la fin du Moyen Âge, elle est attestée avec certitude à partir du XVème siècle et connaît un large développement aux XVIIème et XVIIIème siècles[1]. Par sa taille plus réduite et par la disposition oblique de ses cordes, elle constitue une version plus compacte du clavecin, et était ainsi principalement destinée à un usage domestique[2]. Moins coûteuse et moins encombrante que le grand clavecin, elle devient alors un instrument privilégié des intérieurs bourgeois et aristocratiques. Si le pianoforte commence à s’imposer à la fin du XVIIIème siècle, les instruments à cordes pincées comme l’épinette demeurent en usage dans de nombreuses régions jusque dans les premières décennies du XIXème siècle[3].


[1] Frank Hubbard, Three Centuries of Harpsichord Making, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1965

[2] Edward L. Kottick, A History of the Harpsichord, Bloomington, Indiana University Press, 2003

[3] Stewart Pollens, The Early Pianoforte, Cambridge University Press, 1995

En France, la plupart des instruments de prestige provenaient des ateliers parisiens, tels que ceux de Blanchet ou Pascal Taskin, à l’exemple des modèles vendus à Vichy Enchères en novembre 2024.

Toutefois, quelques facteurs en province ont également construit des clavecins ou épinettes pour la noblesse locale ou les institutions religieuses. A titre d’exemple, on peut citer le travail de Claude Labrèche, et notamment son magnifique clavecin de 1699 réalisé à Carpentras, qui démontre l’existence d’une activité de facture de clavecins en dehors de Paris.

On peut également penser à Vincenti Tibaut actif à Toulouse, ou Gilbert Desruisseaux, Louis Bas et Joseph Collesse, tous actifs à Lyon (Bas signait des instruments également à Marseille et à Villeneuve-lès-Avignon). De même, dans les Pays-Bas autrichiens, Albertus Delin – actif à Tournai vers le milieu du XVIIIème siècle – fabriqua plusieurs épinettes parvenues jusqu’à nous.

Ces instruments régionaux étaient parfois réalisés par des facteurs d’orgues, à l’image d’Armand-Joseph Lion, ou par des artisans ébénistes locaux. Ils reflètent une pratique propre aux provinces, adaptée aux goûts, aux matériaux et aux pratiques musicales locales.

La facture provinciale participe ainsi pleinement à la richesse et à la diversité de la construction d’instruments à clavier en Europe au XVIIIème  siècle.

L’épinette de 1786 signée Lion s’inscrit précisément dans ce contexte. Sa réalisation à Mons – ville alors en marge des grands foyers artistiques – illustre le fait que la pratique du clavecin ne se limitait pas aux grands foyers. L’instrument d’Armand-Joseph Lion, unique en son genre dans la production connue du facteur, est ainsi un précieux exemple de cette facture instrumentale provinciale de la fin du XVIIIème siècle.

L’épinette d’Armand-Joseph Lion de 1786

Avec ses quatre octaves et demie, de do à fa³, cette épinette d’Armand-Joseph Lion a été conçue pour couvrir l’essentiel du répertoire de la seconde moitié du XVIIIème siècle. Elle a dû être commandée pour intégrer un espace privé, pour être jouée dans des salons ou en musique de chambre. Dans une ville comme Mons, centre administratif et religieux important mais éloigné des grands foyers culturels, une telle épinette répondait donc parfaitement aux attentes de la bourgeoisie ou du clergé.

Ses dimensions – environ un mètre soixante de longueur – confirment cette destination. La caisse est en peuplier, un bois couramment utilisé dans les anciens Pays-Bas pour les instruments et le mobilier peint.

Le clavier, plaqué d’ébène pour les touches principales, reprend l’usage français qui oppose naturelles sombres et feintes claires, ce qui témoigne de la circulation des modèles entre Paris et les provinces.

Comme le souligne Christopher Clarke dans son rapport d’expertise, l’épinette est dotée d’un unique jeu de cordes pincées par des sautereaux qui sont actuellement montés en plume ; mais leurs languettes ont des mortaises, maintenant rebouchées, qui étaient conçues à l’origine pour des plectres en peau de buffle. Une épinette faite par Louis Bas à Marseille, en 1786, est toujours montée en buffle ; on voit là une recherche de flexibilité sonore qui est proche de celle du piano-forte.

Outre son intérêt matériel, cette épinette présente un double intérêt historique. Il s’agit, d’une part, d’un rare témoignage de la facture régionale d’épinettes à la fin du XVIIIème siècle et de l’activité d’Armand-Joseph Lion au-delà de la seule construction d’orgues ; et elle est, d’autre part, le reflet d’une pratique musicale bien implantée dans les provinces des anciens Pays-Bas autrichiens, où les instruments à clavier étaient présents non seulement dans les grands centres, mais aussi dans les villes moyennes et auprès de leurs élites.

Le décor peint du couvercle

Le couvercle de l’épinette présente un décor peint postérieur à la fabrication de 1786. L’analyse matérielle montre que la peinture actuelle a été appliquée directement sur un décor plus ancien – gris et rouge indien rehaussé de dorures – dont subsistent des traces visibles. L’absence de préparation intermédiaire et le fort réseau de craquelures confirment le caractère tardif de cette intervention. Les caractéristiques stylistiques, ainsi que les transformations observées sur le clavier et le piètement, conduisent à situer cette intervention à la fin du XIXème ou au tout début du XXème siècle. Cette datation correspond précisément à la période d’engouement pour le XVIIIème siècle et pour le style “rococo”, particulièrement sensible autour de 1880-1910. C’est également le moment où s’affirme la redécouverte des instruments anciens et où les premiers collectionneurs et facteurs spécialisés entreprennent des restaurations. La scène représentée – musiciens et figures dansant dans un paysage arboré – s’inscrit pleinement dans ce goût historiciste. Elle reprend l’imaginaire des fêtes galantes et des scènes champêtres associées au XVIIIème siècle.

On y retrouve l’esprit des compositions de Fragonard, telles que La Fête à Saint-Cloud, où musique et scènes galantes se combinent dans une atmosphère élégante. De même, l’organisation du paysage et l’intégration des figures évoquent, dans une sensibilité plus tardive, des œuvres telles que le Concert champêtre de Corot.

Ce décor doit ainsi être compris comme l’expression d’une seconde vie de l’instrument, investi d’une valeur historique et décorative.

Par ailleurs, l’épinette elle-même, comme l’a souligné Christopher Clarke, présente un dispositif à peau de buffle, élément musicalement important et relativement rare. Ce détail technique renvoie au contexte de la facture montoise à la fin du XVIIIème siècle et notamment à la famille Ermel, active à Mons dont on connaît également des instruments intégrant des peaux de buffle. Cette proximité technique est très intéressante car elle suggère l’existence d’un milieu artisanal local et de mêmes savoir-faire. Dans cette perspective, l’épinette de Lion ne doit pas être envisagée isolément, mais replacée dans un environnement montois où facteurs d’orgues et constructeurs d’instruments à clavier partageaient les pratiques et influences.

Marques et témoignages de la vie de l’instrument

L’épinette d’Armand-Joseph Lion présente plusieurs marques comme autant d’éléments retraçant son histoire. Elle porte en effet plusieurs inscriptions qui permettent d’en suivre le parcours.

La première est celle du facteur lui-même, qui a peint sur la table d’harmonie, en bleu clair, dans un cartouche, “1786 / LION / A / MONS”. Il s’agit d’un élément essentiel pour l’authentification de l’instrument. L’instrument conserve également la trace d’une intervention postérieure. Deux inscriptions à la mine de plomb mentionnent une réparation par les luthiers parisiens, A. & N. Masson, en 1917. La première se situe en-dessous des touches et indique que l’épinette a été “réparé[e] par A & N Masson luthiers à Paris, 16 rue du Cloÿs XVIIIe/Anno Dominy 1917 + [croix de Lorraine]”. L’autre inscription se trouve sur une partie du fond découpée dans la queue et reprend ces éléments.

Cette mention situe l’épinette dans le contexte de la redécouverte des instruments anciens à cette période et montre qu’elle avait déjà retenu l’attention de professionnels spécialisés.

Du point de vue de sa conservation, l’épinette a conservé son format d’origine, sans transformation structurelle majeure. La présence d’une large part de ses éléments constitutifs renforce donc son intérêt historique.

L’ensemble de ces éléments – signature d’origine et traces d’interventions ultérieures – permettent ainsi de suivre l’histoire matérielle de l’instrument depuis sa fabrication en 1786. Cette continuité contribue à en faire un témoignage significatif de la facture provinciale des instruments à clavier à la fin du XVIIIème siècle.

Unique exemple connu d’épinette signée par Armand-Joseph Lion, cet instrument occupe une place singulière dans le paysage de la facture dans les anciens Pays-Bas autrichiens de la fin du XVIIIème siècle. Sa signature et datation, ainsi que les traces de restauration anciennes et la conservation de sa structure d’origine, en font un document rare et précieux. Proposée aux enchères le 2 mai 2026 à Vichy Enchères, cette épinette s’inscrit ainsi parmi ces instruments qui, au-delà de leur fonction musicale, se font le reflet d’une époque. Elle offre aux collectionneurs et institutions l’opportunité d’acquérir un jalon significatif de la facture des anciens Pays-Bas autrichiens, à la croisée de l’histoire musicale et du patrimoine européen.

Nous remercions Christopher Clarke pour son concours à la rédaction de cet article.

THE ONLY KNOWN SPINET BY ARMAND-JOSEPH LION, ORGAN BUILDER IN MONS

This bird-wing spinet signed by Armand-Joseph Lion and dated 1786, which will be offered at auction on 2 May 2026, constitutes a rare example of provincial instrument making at the end of the 18th century. Armand-Joseph Lion, who was, until now, exclusively known for building organs in Hainaut, is revealed here in a more intimate light – that of a craftsman capable of applying his craft to the domestic setting. This instrument sheds light not only on the work of a regional organ builder renowned in his time, but also on the vibrancy of artistic centres outside the major hubs that were London and Paris.


Armand-Joseph Lion (1720-1805)

Armand-Joseph Lion was born in 1720 in Ciply, near Mons. He is primarily known as an organ builder, active in Hainaut and his activity attests to the popularity of this type of instrument in the 18th century.

The earliest known work attributed to him is the reconstruction of the organ in the chapel of the Sainte-Élisabeth hospital in Brugelette, in 1752 – 1753. Subsequently, Armand-Joseph Lion was commissioned to build several church organs in the region, including those in Wasmes from around 1762 to 1775, Saint-Symphorien in 1763, Houtain-le-Val in 1773 and Frasnes-lez-Buissenal in 1774. In 1767, he also took part in the restoration of the imposing organ at Cambron Abbey, for which he most likely made its monumental case [1].

Armand-Joseph Lion therefore enjoyed considerable renown throughout the region in his lifetime. In May 1797, he was given the position of “appraiser of organs in closed down institutions” for the department of Jemappes (Mons). In this capacity, he was then responsible for inspecting and appraising organs from convents and abbeys closed during the Revolution.

This official position attests, once again, to the reputation he enjoyed throughout the region.

Armand-Joseph Lion died in Mons on 5 June 1805, at the end of a long career.


[1] Bernard Carlier, Benoit Lebeau, Matthias Maudoux et al., Les grandes orgues de la collégiale Saint-Waudru de Mons, Association Saint-Waudru, 2018

Although he specialized in organ building, Lion occasionally produced other keyboard instruments, as evidenced by the discovery of this spinet, a bird-wing example signed by him in 1786. This instrument, which does not strictly fall under to the craft of organ building, is therefore a valuable testament to the diversity of his craftsmanship and his ability to adapt to the needs of the patrons of his time.

As such, this spinet is particularly important, as it deepens our understanding of the output of Armand-Joseph Lion, while also providing a new witness to the activity and the diverse craftsmanship of organ builders in the 18th century.

Instrument making in the provinces of the Low Countries and France in the 18th Century

In the second half of the 18th century, the production of keyboard instruments flourished primarily in major cultural centres, such as Paris and London. However, outside these centres, a provincial instrument-making tradition – more limited but still significant – developed in the regions of the Low Countries (present-day Belgium) and France. Keyboard instruments known as “bird-wing” spinets held a prominent place in this tradition.

The spinet belongs to the family of plucked string keyboard instruments, along with the harpsichord and the virginal. It appeared at the end of the Middle Ages, being clearly documented from the 15th century onwards, and experienced a significant development in the 17th and 18th centuries[1]. Due to its smaller size and the diagonal arrangement of its strings, it constitutes a more compact version of the harpsichord and was therefore primarily intended for domestic use[2]. Being less expensive and less cumbersome than the large harpsichord, it became a popular instrument in bourgeois and aristocratic homes. While the pianoforte began to gain prominence at the end of the 18th century, plucked string instruments such as the spinet remained in use in many regions until the early decades of the 19th century [3].


[1] Frank Hubbard, Three Centuries of Harpsichord Making, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1965

[2] Edward L. Kottick, A History of the Harpsichord, Bloomington, Indiana University Press, 2003

[3] Stewart Pollens, The Early Pianoforte, Cambridge University Press, 1995

In France, most of the prestigious instruments came from Parisian workshops, such as those of Blanchet or Pascal Taskin, as illustrated by the examples sold at Vichy Enchères in November 2024.

However, some makers in the provinces also built harpsichords or spinets for the local nobility or religious institutions. For instance, the work of Claude Labrèche, and in particular his magnificent harpsichord of 1699 made in Carpentras, demonstrates the existence of harpsichord making outside of Paris.

Other examples of harpsichord makers outside of Paris include Vincenti Tibaut in Toulouse, or Gilbert Desruisseaux, Louis Bas and Joseph Collesse in Lyon (Bas also signed instruments in Marseille and Villeneuve-lès-Avignon). Similarly, in the Austrian Netherlands, Albertus Delin – active in Tournai around the mid-18th century – produced several spinets that have survived to this day.

These regional instruments were sometimes made by organ builders, such as Armand-Joseph Lion, or by local cabinetmakers. They reflect a tradition specific to the provinces, influenced by local tastes, materials and musical practices.

Provincial instrument making therefore fully contributed to the richness and diversity of keyboard instrument manufacturing in 18th-century Europe.

It is precisely within this historical context that the 1786 spinet signed by Lion was created. The fact that it was made in Mons – a city then on the periphery of the major artistic centres – illustrates the fact that harpsichord playing was not limited to these major centres. Armand-Joseph Lion’s instrument, the only one of its kind in the maker’s known output, is therefore a valuable example of this provincial instrument making in the late 18th century.

The Armand-Joseph Lion spinet of 1786

With its four and a half octaves, from C to F³, this spinet by Armand-Joseph Lion was designed to perform most of the repertoire of the second half of the 18th century. It must have been commissioned for a private setting: for use in salons or for chamber music. In a city like Mons, which was an important administrative and religious centre, but was far removed from the major cultural hubs, a spinet such as this one would have met perfectly the needs of the bourgeoisie or the clergy.

Its dimensions – it is approximately 1.6 meters long – are consistent with this theory. The case is made of poplar, a wood commonly used in the Low Countries for painted musical instruments and furniture.

The keyboard, with ebony-veneered principal keys, follows the French practice of contrasting dark naturals with light sharps, demonstrating that instruments circulated between Paris and the provinces.

As Christopher Clarke points out in his expert report, this spinet has a single set of strings plucked by jacks that are currently fitted with quills; however, their tongues have mortises, now filled in, that were originally designed for buffalo-hide plectra. A spinet made by Louis Bas in Marseille in 1786 is still fitted with buffalo-hide plectra; this is evidence of the desire to give the instrument a dynamic range akin to that of the pianoforte.

Beyond its interest as an object, this spinet is of historical significance for two reasons. Firstly, it is a rare example of regional spinet making at the end of the 18th century, and of Armand-Joseph Lion’s activity beyond organ building. Secondly, it reflects a well-established musical practice in the provinces of the former Austrian Netherlands, where keyboard instruments were present not only in major urban centres but also in medium-sized towns and among their elites.

The painted decoration of the lid

The spinet’s lid features decoration painted long after its manufacture in 1786. The analysis of the materials shows that the current decoration was applied directly over the older original one – in grey and Indian red enhanced with gilding – traces of which remain visible, due to the absence of an intermediate ground layer and the large number of cracks. The style of the decoration, as well as the alterations of the keyboard and base, suggest that this later decoration was done at the end of the 19th or the very beginning of the 20th century. This dating corresponds precisely to a period of popularity for 18th-century and Rococo style, which peaked around 1880 – 1910. This period also marks the beginning of the interest in antique instruments, when the first collectors and specialist instrument makers undertook their restoration. The scene depicted – musicians and figures dancing in a wooded landscape – perfectly embodies the taste of this period in history. It evokes the imagery of the fêtes galantes and pastoral scenes associated with the 18th century.

It reflects as well the spirit of Fragonard’s compositions, such as La Fête à Saint-Cloud, where music and gallant scenes combine in an elegant atmosphere. Similarly, the arrangement of the landscape and the figures recall later works, such as Corot’s Concert Champêtre.

This decoration should therefore be considered as the expression of a second life for the instrument, imbued with historical and decorative value.

In addition, and as Christopher Clarke pointed out, this spinet features a buffalo-hide mechanism, which is musically important and relatively rare. This technical detail is representative of instrument making in Mons at the end of the 18th century, and in particular of the Ermel family, who were active in Mons and are known to have incorporated buffalo hides in the production of their instruments. This technical similarity is very interesting because it suggests the existence of a local community of craftsmen who shared their trade practices. As a result, the Lion spinet should not be considered in isolation, but rather within the local context of Mons, where organ builders and keyboard instrument makers shared practices and influences.

Marks and evidence of the instrument’s history

Armand-Joseph Lion’s spinet bears several marks, each one being a piece of evidence of its history. It features several inscriptions that allow us to follow its journey.

The first is that of the maker himself, who painted in light blue within a frame “1786 / LION / A / MONS” on the soundboard. This is essential for authenticating the instrument. The instrument also bears evidence of a later restoration. Two pencil inscriptions mention a repair by the Parisian makers A. & N. Masson in 1917. The first, situated below the keys, indicates that the spinet was “reparé[e] par A & N Masson luthiers à Paris, 16 rue du Cloÿs XVIIIe/Anno Dominy 1917 + [cross of Lorraine]”. The second inscription is found on a section of the back cut into the tail and reproduces the information of the first inscription.

These inscriptions, which coincide with the period when early instruments were rediscovered, shows that this spinet had then attracted the attention of specialized professionals.

From a condition standpoint, the spinet has retained its original dimensions, without any major structural alterations. The presence of a large number of its constituent parts therefore increases its historical significance.

All of these elements – the original signature and the evidence of subsequent interventions – allow us to follow the instrument’s history since its manufacture in 1786. This unbroken lineage makes it a significant example of provincial keyboard instrument making at the end of the 18th century.

Unique exemple connu d’épinette signée par Armand-Joseph Lion, cet instrument occupe une place singulière dans le paysage de la facture dans les anciens Pays-Bas autrichiens de la fin du XVIIIème siècle. Sa signature et datation, ainsi que les traces de restauration anciennes et la conservation de sa structure d’origine, en font un document rare et précieux. Proposée aux enchères le 2 mai 2026 à Vichy Enchères, cette épinette s’inscrit ainsi parmi ces instruments qui, au-delà de leur fonction musicale, se font le reflet d’une époque. Elle offre aux collectionneurs et institutions l’opportunité d’acquérir un jalon significatif de la facture des anciens Pays-Bas autrichiens, à la croisée de l’histoire musicale et du patrimoine européen.

Nous remercions Christopher Clarke pour son concours à la rédaction de cet article.

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