fr

Les instruments de musique oubliés ont la cote

Cabrette, serpent, ophicléide, bugle, basson… Non, ces termes ne désignent pas des espèces animales en voie de disparition, mais des instruments de musique vieux de plusieurs siècles. Tombés dans l’oubli, ils reviennent en force dans les orchestres et font frissonner les salles des ventes. En exclusivité, retour sur ces pièces qui ont la cote à travers la dispersion samedi 7 avril 2018 à Vichy et sur le Live d’Interencheres de deux collections d’instruments à vent…

Un article d’Interencheres.com 

Les instruments historiques intègrent les orchestres

De la Philharmonie parisienne au Konzerthaus de Berlin, l’orchestre Les Siècles, sous l’égide du chef François-Xavier ROTH, s’est donné un défi dès 2003 : jouer chaque répertoire sur les instruments historiques appropriés, mettant ainsi en perspective plusieurs siècles de création musicale. Depuis, la méthode a fait des émules et les plus grands musiciens l’adoptent, soucieux d’approcher au plus près les couleurs et le son originels de chaque morceau. « Ce regain d’intérêt a été initié par la redécouverte de la musique baroque. Ensuite, les musiciens se sont mis à jouer la musique romantique et celle des autres époques avec les instruments d’origine », explique Bruno KAMPMANN, expert en instruments à vent.

Dès les années 1950, les chefs d’orchestre et musiciens Gustav LEONHARDT, Nikolaus HARNONCOURT, Sigiswald KUIJKEN, suivis de Ton KOOPMAN ou encore Jordi SAVALL, s’emparent d’anciens clavecins, violoncelles, violes de gambe, ou diapasons et remettent à l’honneur les œuvres de BACH, HAENDEL, VIVALDI, et BUXTEHUDE. A rebours du progrès permanent, ils affirment ainsi un retour aux sources et préfèrent à l’interprétation moderne, une restitution dans la plus pure tradition. Un nouveau dogme qui gagne désormais le marché des instruments anciens, marqué par des prix croissants, touchant notamment les instruments de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle.

Un marché particulièrement dynamique

« Ce marché est particulièrement actif, avec un public qui s’est diversifié ces dernières années », commente Maître Etienne LAURENT qui dispersera aux enchères le 7 avril à Vichy deux collections importantes d’instruments à vent : un ensemble de pièces anglaises et une autre collection, plus hétéroclite, comprenant aussi bien des guitares qu’un clavecin, des flûtes ou des harpes. Une vente qui témoigne du nouveau dynamisme du marché. « On retrouve notamment un cor naturel HALARY  (lot N° 360) estimé à 6 000 euros qui rappelle à quel point la demande est forte pour ce type d’instrument. 

Cor naturel de HALARY Frs de l’Empereur
N° 360 Cor naturel de HALARY Frs de l’Empereur Peinture pavillon refaite Avec neuf tons et un coupleur

Ils sont très rares et ils coûtaient moitié moins il y a encore sept ou huit ans », détaille l’expert Bruno KAMPMANN. Le cor naturel apparaît au XVIIIème siècle pour remplacer le cor de chasse (dit « cor baroque ») et animer les soirées mondaines. Il inspire alors les compositeurs romantiques les plus illustres, à l’image de Johannes BRAHMS (1833-1897) qui s’en fait le grand défenseur lorsque naît le cor à pistons au cours du XIXe siècle. Finalement remplacé à l’aube du siècle suivant, il connaît aujourd’hui un regain d’intérêt. « Les cornets (petits cors) à pistons du XIXe sont eux aussi très recherchés. Ils permettent de rejouer la musique romantique de BERLIOZ (1803-1869) notamment. » Dans la vente du 7 avril, un cornet à trois pistons de KOHLER (lot N° 320) est ainsi estimé 2 500 euros.

Cornet de KOHLER à London — Succession Tomes
N° 320 Cornet à trois pistons à disques Shaw «patent lever» de KOHLER à London n°1006, avec un ton de si bémol Succession Tomes

La redécouverte d’instruments tombés en désuétude

L’engouement autour de ces instruments d’époque est tel que les facteurs actuels se mettent à les copier. « Le serpent par exemple est très à la mode, j’en joue d’ailleurs moi-même et des copies modernes sont aujourd’hui fabriquées, confie l’expert Bruno KAMPMANN. Celles-ci ont eu tendance à faire baisser les prix des pièces anciennes au cours des dix dernières années, mais leur cote a toujours été particulièrement soutenue et elle commence à remonter. Pour un serpent ancien de bonne qualité, il faut donc compter autour de 4 000 euros en fonction de l’état, et davantage s’il s’agit d’une pièce exceptionnelle. » Le 7 avril, seront ainsi proposés un serpent droit en laiton (lot N° 286) estimé 2 500 euros et un autre en forme de S, daté du XVIIIe et estimé 2 000 euros. « Le serpent fut créé au début du XVIIe siècle pour accompagner les chœurs d’église, avant d’être employé à la fin du XVIIIe siècle pour les chants militaires et révolutionnaires. C’est un instrument grave, à embouchure comme le tuba. Il a été peu utilisé dans la musique classique, mais mis à l’honneur dans une des œuvres majeures de BERLIOZ, la Symphonie fantastique de 1830. »
Au XIXe siècle, le serpent est remplacé par l’ophicléide, un instrument métallique muni de clés, permettant de jouer avec une plus grande justesse. Il est alors très employé dans la musique militaire, d’harmonie et de fanfare jusqu’à la Première Guerre mondiale où il est troqué pour le tuba à pistons, plus maniable.  « L’ophicléide connaît aujourd’hui un regain d’intérêt et la demande pour les pièces anciennes est très forte car, au contraire du serpent, peu de copies modernes sont fabriquées, explique l’expert. Les prix grimpent et rejoignent ainsi ceux du serpent qui coûtait plus cher jusqu’alors. Il faut aujourd’hui compter autour de 3 000 euros pour acquérir un bon ophicléide, alors qu’il y a encore sept-huit ans il se vendait autour de 1 000 euros, quand un serpent s’envolait à 5 000 euros. » En témoigne, une pièce exceptionnelle de la vente du 7 avril (lot N° 305), estimée 4 000 euros. « Elle fut fabriquée par le grand facteur lyonnais TABARD et elle est pourvue d’une étonnante tête de dragon, un décor très apprécié au XIXe siècle », précise Maître Etienne LAURENT. Un autre ophicléide très rare du facteur anglais GLYDE (lot N° 310) sera également mis aux enchères, estimé à 1 000 euros.

Des prix qui explosent pour les pièces les plus rares

« Parmi les instruments à vent, ce sont les instruments aigus tels que les trompettes, les flûtes, ou les clarinettes, qui restent les plus collectionnés, poursuit l’expert Bruno KAMPMANN. Leurs prix ont connu un léger infléchissement, mais ils remontent ces dix dernières années. » Toutefois, le marché des instruments anciens, jouet de l’offre et de la demande, est soumis aux mêmes règles que les autres : la rareté fait le prix. « La vente du 7 avril propose de nombreuses pièces très rares telles qu’un clavecin estimé à 15 000 euros (lot N° 95) ou une trompe de chasse (lot N° 355) qu’on ne trouve habituellement que dans les musées.

Cette dernière fut fabriquée par la famille CHRESTIEN qui est justement l’inventeur de l’instrument. Elle est estimée 5 000 euros, mais elle pourrait bien s’envoler… », détaille Maître Etienne LAURENT. Le commissaire-priseur de Vichy voit souvent passer des pièces exceptionnelles et rarissimes, à l’image d’un basson fin XVIIIe adjugé en juin 2012 à plus de 70 000 euros. Sa vente du 7 avril sera une nouvelle occasion de prendre le pouls d’un marché en pleine expansion…


FORGOTTEN MUSICAL INSTRUMENTS OF THE PAST ARE BACK IN FASHION

Cabrette, serpent, ophicleide, bugle, bassoon… These terms do not refer to endangered animal species, but to centuries-old musical instruments. They had been forgotten but are making a strong comeback in orchestras and creating excitement in auction houses. We take an exclusive look at these sought-after instruments in connection with the sale of two collections of wind instruments on 7 April 2018 in Vichy and on the online platform of Interencheres.

An article from Interencheres.com.

Period instruments are introduced in orchestras

From the Parisian Philharmonie to the Berlin Konzerthaus, the orchestra Les Siècles, under the direction of François-Xavier ROTH, set itself a challenge in 2003: to play each repertoire on instruments from the corresponding period, therefore challenging several centuries of musical interpretation. Since then, this approach has been adopted by several of the greatest musicians, eager to reproduce as closely as possible the way in which pieces would have sounded originally. “This renewed interest started with the rediscovery of Baroque music. It encouraged musicians to play the romantic and other repertoires with the type of instruments they were originally performed on” explains Bruno KAMPMANN, expert in wind instruments.

From the 1950s, the conductors and musicians Gustav LEONHARDT, Nikolaus HARNONCOURT and Sigiswald KUIJKEN, followed by Ton KOOPMAN and Jordi SAVALL, acquired old harpsichords, cellos, violas da gamba and even tuning forks, in order to bring back to life, in their original form, the works of BACH, HANDEL, VIVALDI and BUXTEHUDE. They went against the idea that progress is always better, and that modern interpretations are better than the original ones, and returned to the source of the music in order to perform these pieces as they would have been heard then. This novel approach resulted in a renewed interest for period instruments and a rise in their prices, particularly instruments from the end of the 18th and the beginning of the 19th century.

A particularly strong market

« This market is particularly strong, and its customer base has become more diverse in recent years » remarks Maître Etienne LAURENT who will be leading the auction on 7 April in Vichy of two important collections of wind instruments: a collection of English instruments and another one, more eclectic, which includes guitars as well as a harpsichord, flutes and harps. This sale attests to the renewed strength of the market. “It includes, in particular, a natural horn by HALARY (lot N ° 360) estimated at 6,000 euros, which reminds us of how high the demand is for this type of instrument. 

Cor naturel de HALARY Frs de l’Empereur
N° 360 Cor naturel de HALARY Frs de l’Empereur Peinture pavillon refaite Avec neuf tons et un coupleur

They are very rare and they cost half as much seven or eight years ago” explains expert Bruno KAMPMANN. The natural horn appeared in the 18th century and replaced the hunting horn (known as “Baroque horn”) in providing musical accompaniment to social evenings. It inspired the most illustrious romantic composers, such as Johannes BRAHMS (1833-1897), who became one of its great proponents when the piston horn was born in the 19th century. It was eventually replaced at the dawn of the next century, but is now enjoying a revival. “The cornets (small horns) with valves from the 19th century are also highly sought after. In particular, they make it possible to play the romantic music of BERLIOZ (1803-1869) as it would have been heard originally. The sale of 7 April includes a KOHLER three-valve cornet (lot No. 320) estimated at 2,500 euros.

Cornet de KOHLER à London — Succession Tomes
N° 320 Cornet à trois pistons à disques Shaw «patent lever» de KOHLER à London n°1006, avec un ton de si bémol Succession Tomes

The rediscovery of instruments that have fallen into disuse

The enthusiasm for these period instruments is such that contemporary makers are now to make copies of them. “The serpent, for instance, is very fashionable. I actually play it myself and there are modern copies of it made today,” says expert Bruno KAMPMANN. These modern copies have brought down the prices of historical instruments over the past ten years, but they have always remained desirable and their prices are starting to rise again. For instance, an old serpent of good quality will cost around 4,000 euros depending on the condition, and even more in the case of an exceptional example. The sale on 7 April will include a straight brass serpent (lot N° 286) estimated at 2,500 euros, as well as an S-shaped one dating from the 18th century and estimated at 2,000 euros. “The serpent was created at the beginning of the 17th century to accompany church choirs, before being used at the end of the 18th century for military and revolutionary songs. It is an instrument with a bass voice and a mouthpiece like that of the tuba. Despite being rarely used in classical music, it featured prominently in one of BERLIOZ’s major works, the Symphonie Fantastique of 1830.”
In the 19th century, the serpent was replaced by the ophicleide, a metal instrument fitted with keys, allowing musicians to play with greater accuracy. It was widely used then in military, harmony and brass band music until the First World War, when it was replaced by the more practical valve tuba. “The ophicleide is now experiencing a resurgence of interest and the demand for old examples is very strong because, unlike the serpent, few modern copies of it are being made”, explains the expert. Their prices have increased and reached the levels of that of serpents, which were traditionally more expensive. Today, a good ophicleide will cost you around 3,000 euros, whereas seven or eight years ago it would have sold for around 1,000 euros, while serpents were flying off the shelf at 5,000 euros. This is illustrated by an exceptional instrument in the sale of 7 April (lot N° 305), estimated at 4,000 euros. « It was made by TABARD, the great maker from Lyon, and it has an astonishing dragon’s head, which was a very popular decorative feature in the 19th century », explains Maître Etienne LAURENT. Another very rare ophicleide from the English maker GLYDE (lot N° 310) will also be auctioned, with an estimate of 1,000 euros.

Serpent français XVIIIème — Collection Samoyault
N° 286 Serpent français en bois recouvert de cuir XVIIIème Collection Samoyault

Exponential price rises for the rarest pieces

“Amongst the wind instruments, it is the high pitch instruments, such as the trumpets, the flutes or the clarinets, which remain the most collectible”, as indicates expert Bruno KAMPMANN. Their prices have suffered a slight decline, but they have risen overall over the past 10-year period. The market for antique instruments is subject to the same supply and demand forces as other markets: rarity drives the price. “The sale of 7 April offers many very rare pieces, such as a harpsichord estimated at 15,000 euros (lot N° 95) or a hunting horn (lot N° 355), which would normally only be found in museums.

The latter was made by the CHRESTIEN family, who invented the instrument altogether. It is estimated at 5,000 euros, but it could achieve a hammer price well above that figure », explains Maître Etienne LAURENT. The Vichy auctioneer often sees exceptional and extremely rare pieces pass through the auction house, such as a late 18th century bassoon sold in June 2012 for more than 70,000 euros. The sale on 7 April will be a new opportunity to take the pulse of a booming market.

🚀 Suivez-nous !