Un violon de Jean-Baptiste VUILLAUME fait vers 1828…

Nos experts Jean-Jacques Rampal et Jonathan Marolle vous expliquent pourquoi le lot N°325 de la vente du 8 juin 2017, violon sans étiquette, sans signature (sinon celle de BERNARDEL indiquant qu’il l’a restauré en 1845) est l’œuvre de Jean-Baptiste VUILLAUME probablement fait vers 1828…


Jean-Baptiste Vuillaume

Artisan talentueux, commerçant hors pair, visionnaire, découvreur de talents…

L’intérêt pour les instruments de Jean-Baptiste VUILLAUME va grandissant depuis quelques années. Juste récompense pour cette personnalité sans pareil dans l’Histoire de la lutherie et de la Musique ! Artisan talentueux, commerçant hors pair, visionnaire, découvreur de talents… Cette page ne suffirait sans doute pas à lister de façon exhaustive les qualités du génial lorrain mais qu’importe ! Il fait de nouveau l’admiration des plus grands musiciens de notre époque, son œuvre est connue, reconnue même, par beaucoup et c’est heureux. Il subsiste néanmoins une période de sa carrière encore méconnue. Bien peu de gens la connaissent, cette fameuse période… celle de ses débuts ! Juste après son installation au numéro « 30 de la rue Croix-des-petits-Champs », dans l’atelier du défunt LUPOT (le Stradivarius français) laissé vacant depuis la disparition de ce dernier en août 1824.

C’est à cette adresse, depuis 1825 que Jean-Baptiste assisté de son frère cadet Nicolas François travaille d’arrache-pied à l’édification de ce qui deviendra quelques décennies plus tard, l’Atelier de référence planétaire. La Mecque du violoniste. En attendant, c’est encore à l’établi qu’il consacre l’essentiel de son temps. Fabriquer…créer… développer un style bien à lui surtout. A ce titre, les instruments conçus à cette époque sont particulièrement intéressants du point de vue de l’expertise. En effet, les influences du milieu parisien en ébullition en ce début de 19ème siècle nourrissent ses débuts. On peut y voir ce qu’on veut… là du BERNARDEL, là du GAND Père, parfois même du GOSSELIN etc… Il est évident que VUILLAUME, entouré de confrères talentueux et dynamiques dans cette période « post-Lupot » puise çà et là, au grès de son inspiration et de ses goûts. Le tout dans un seul but : réinterpréter les grands maîtres crémonais. C’est la grande mise à jour aux canons du 19ème siècle français! Car il est français le 19ème, ne l’oublions pas !

Portrait de Jean-Baptiste Vuillaume
Violon de Jean-Baptiste VUILLAUME
Violon de Jean-Baptiste VUILLAUME
Instruments mis en vente par Vichy Enchères le 8 juin 2017

Le travail d’investigation

Le violon mis en vente à Vichy le 8 juin 2017

Une ressemblance frappante

En comparant ce violon avec un exemplaire signé, numéroté et daté de 1828, la ressemblance est tellement frappante que l’on pourrait penser à deux instruments conçus simultanément.

Un fond en érable d’une pièce dans les deux cas, à petites ondes marquées et régulières.

L’utilisation de fournitures d’une seule pièce pour la table ainsi que pour le fond au début de la carrière de VUILLAUME est quasiment systématique. Sur la partie interne de la table, le joint est pointé par trois fois au compas à pointe sèche (haut, centre, bas) puis tracé au crayon à mine de plomb large. Il s’agit d’un détail récurrent de cette époque.

Le montage intérieur

A ses débuts, VUILLAUME n’utilise jamais autre chose que le sapin pour le montage intérieur de ses instruments. La tradition mirecurtienne est encore présente !

Les éclisses sont enclavées dans les tasseaux de coins. L’ajustage et la taille des contre éclisses sont réalisés sans soin excessif.
Les tasseaux, également en sapin sont assez larges (52mm pour le tasseau du bas, 60mm pour le tasseau du haut) et de forme ovale.

Un modèle de tête déjà caractéristique

La personnalité très marquée de VUILLAUME s’observe déjà à cette époque en particulier dans la manière bien particulière de sculpter les volutes.

Ci-dessous : deux têtes (à gauche le lot n°325, à droite un violon de 1828). Le choix de bois est similaire. VUILLAUME utilise un érable peu ondé, ses débuts dans la carrière ne lui permettant pas encore de choisir les meilleurs matériaux.

Le dégorgement n’est guère prononcé, la virgule se prolonge dans le bouton. Les chanfreins qui manquent encore de régularité sont noircis (peinture noire à reflet brillant).

Les deux coulisses sont identiques dans leurs contours. Les deux lignes assez parallèles ne convergent que tardivement. Le cul-de-poule est légèrement « carré » d’un diamètre de 26mm dans les deux.

L’enroulement est assez irrégulier et dégage une légère impression d’aplatissement sur le devant.

Le vernis

Il est évident que VUILLAUME n’a pas encore ici trouvé la formule du vernis qui fut pour beaucoup dans la renommée de ses instruments et dont on doit dire qu’il n’était pas peu fier. La couleur est ici d’un rouge franc et soutenu qui n’a pas encore la complexité des vernis que l’on trouvera dès le milieu des années 1830. Il est patiné d’origine dans les zones de contact (mentonnière, démanché etc…) et de façon assez systématique d’un exemplaire à l’autre.

Ce vernis se décompose aux ultraviolets en deux couches distinctes : un clair tirant sur le jaune en couche inférieure et un orangé « saumoné » sur la couche supérieure.

Faisons maintenant un petit récapitulatif des vernis de VUILLAUME sous ultraviolets : on distingue nettement la tendance qu’a eue VUILLAUME à densifier son vernis au fil des années, signe d’une modification de sa recette. Un élément résilient tout de même : les deux couleurs distinctes (claire/foncée).

Pourquoi le violon n’est pas signé ?

VUILLAUME, à partir de 1823 (à l’époque il travaillait encore pour Nicolas Antoine LÉTÉ rue Pavé Saint-Sauveur) signe et numérote ses instruments de façon très régulière.

Il est donc étonnant de ne pas trouver à l’intérieur de celui-ci une quelconque trace manuscrite (en dehors de la signature de BERNARDEL indiquant une restauration en 1845). La réponse est aussi étonnante que malheureuse : un luthier irrespectueux s’est permis de reprendre les épaisseurs sur le fond, faisant disparaitre de fait, la signature.

Ce beau violon, basé sur modèle Stradivarius est donc tout à fait caractéristique du travail du maître à la fin des années 1820. Le coffre mesure 359 mm de longueur. La table a malheureusement subi quelques dommages.

Un article de Jean-Jacques RAMPAL et Jonathan MAROLLE
Crédits photos : Atelier VATELOT RAMPAL / C. DARBELET


A VIOLIN MADE BY JEAN-BAPTISTE VUILLAUME CIRCA 1828

Our experts Jean-Jacques RAMPAL and Jonathan MAROLLE explain below why they believe lot no. 325 in the 8th June 2017 sale, un unlabelled violin, bearing no signature (other than that of BERNARDEL, to indicate that he restored it in 1845), is the work of Jean-Baptiste VUILLAUME, and was probably made around 1828.


Jean-Baptiste Vuillaume

A gifted craftsman, with an unrivalled sense of commerce, a visionary, a talent finder…

The interest in instruments by Jean-Baptiste VUILLAUME has been growing over the last few years, which is only fitting for such a unique figure in the history of lutherie and music more generally. A gifted craftsman, with an unrivalled sense of commerce, a visionary, a talent finder… The list goes on, and this page would probably not suffice to provide a full inventory of all the talents of this genius from Lorraine. But more importantly and fortunately, there is renewed interest in his body of work, which is well known and even recognized, from the greatest contemporary musicians. There is however one period in his career which very few know about: that of his early years, just after he moved into the premises at 30 rue Croix-des-petits-Champs, the former workshop of the late LUPOT (the French Stradivarius), left vacant after his death in August 1824. It is at this address, from 1825 and with the assistance of his younger brother Nicolas François, that we find Jean-Baptiste hard at work building up the workshop that will, a few decades later, attain international fame, and become a sort of Mecca for violinists.

In the meantime, he still spends most of his time at the bench making instruments, and creating and developing his own style. As such, instruments from that period are particularly interesting for experts. The fast developing world of lutherie in 19th century Paris feeds and influences his own early making. It is possible to spot in the instruments he made around that time similarities with those made by BERNARDEL, GAND Père, even sometimes GOSSELIN, etc. It is obvious that VUILLAUME, who was surrounded by other talented and productive colleagues in this post-LUPOT period, borrowed ideas here and there, according to his moods and tastes at the time. This was always done with one singular purpose: to reintepret the work of the great Cremonese masters, and whilst doing so, to bring these lutherie canons up to date with modern standards in France in the 19th century, a century that, let’s not forget, belonged to the French when it comes to lutherie.

Portrait de Jean-Baptiste Vuillaume
Violon de Jean-Baptiste VUILLAUME
Violon de Jean-Baptiste VUILLAUME
Instruments mis en vente par Vichy Enchères le 8 juin 2017

Investigative work

The violin on sale in Vichy on June 8, 2017

A blatant resemblance

If you compare this violin with another signed and numbered example from 1828, the similarities are so striking that it would appear that the two instruments were made simultaneously.

A one-piece back in both cases, made from maple of small but pronounced and regular figure.

The use of a single piece of wood for the front and back is characteristic of early period instruments by VUILLAUME. On the inside of the front, the joint has three pin holes left by a metal compass (top, middle and bottom), and the joint has been traced using a large lead pencil. This is a common feature of that period.

The internal construction

Early in his career, VUILLAUME always used blocks and linings made from spruce for the internal construction of his instruments, a legacy from the tradition of Mirecourt.

The sides are inserted into the corner blocks. The linings have been cut and shaped without excessive fuss. The blocks, also of spruce, are quite large (52mm for the lower block, 60mm for the upper one) and oval in shape.

An already distinctive scroll model

The strong personality of VUILLAUME is already apparent during this period in his instruments, in particular in the way in which he carved the scrolls.

Below: Two heads (lot no. 325 on the left, another violin of 1828 on the right). The choice of wood is similar. VUILLAUME uses maple with little figure, his modest career beginnings preventing him from using better materials.

The throat is not too pronounced, the ‘comma’ in the last turn finishes inside the button. The chamfers, which are not yet as regular as in his later work, are blackened (using shiny black paint).

The shape of the back of the pegbox is identical in both instruments. The edges form almost parallel lines that converge quite late towards the scroll. The pegbox tail is slightly square and 26mm in diameter in both cases.

The turns of the scroll are quite regular and give the impression of flattening towards the front.

The varnish

It is clear that VUILLAUME has not yet discovered the varnish recipe that contributed so much to the fame of his instruments, and of which he was very proud. Its shade here is of a deep and even red that lacks the complexity of his later varnishes from the mid 1830s onwards. It displays the original patina in the areas that have been in contact with the musician’s chin, shoulder and hands, consistent with similar examples from that time.

Under UV light, this varnish appears as two distinct layers: a lighter, yellowish underlayer, and a salmon pink / orange upper layer.

Let’s now do a recap on VUILLAUME’s varnishes under UV light: we can clearly note VUILLAUME’s tendency to increase the density of his varnish over the years, which is evidence of changes in its recipe. However, one element remains throughout: the presence of two layers (light / dark).

Why is the violin not signed?

From 1823 (whilst still under the employment of Nicolas Antoine LÉTÉ on rue Pavé Saint-Sauveur), VUILLAUME regularly signed and numbered his instruments.

It is therefore surprising not to find any handwriting inside this instrument (other than that of BERNARDEL to indicate he had restored the instrument in 1845). The answer to this puzzle is as surprising as it is unfortunate: an unscrupulous luthier proceeded to alter the thickness of the back, removing the signature in the process.

This handsome violin, based on a Stradivarius pattern, is therefore completely characteristic of the work of the master towards the end of the 1820s. The back measures 359mm. The front has unfortunately sustained some damage.

An article by Jean-Jacques RAMPAL & Jonathan MAROLLE
© Atelier VATELOT RAMPAL / C. DARBELET

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