Le 4 juin 2026, Vichy Enchères, en collaboration avec la maison Rouillac, présentera un violon de Giovanni Paolo Maggini, réalisé à Brescia vers 1620. Comptant parmi les figures les plus importantes de l’école bresciane, Maggini occupe une place majeure dans l’histoire de la lutherie italienne du XVIIème siècle. Rares sur le marché, ses instruments témoignent d’un moment décisif de l’évolution du violon moderne, à une époque où Brescia rivalise avec Crémone dans le domaine de la facture instrumentale. Ce violon est ainsi un témoignage particulièrement précieux de la lutherie bresciane au début du XVIIème siècle, d’autant plus qu’à peine une douzaine d’instruments de Maggini ont été recensés sur le marché depuis les années 2000.

Lorsque Giovanni Paolo Maggini entre dans l’atelier de Gasparo da Salò à la fin du XVIème siècle, Brescia est l’un des principaux centres européens de la lutherie. Plusieurs ateliers y sont actifs, bien avant l’apogée des grands maîtres crémonais. Des luthiers comme Giacomo della Corna, Zanetto Micheli da Montichiari ou encore Pellegrino Micheli participent alors au développement des instruments à archet qui donneront naissance à la famille du violon moderne.
Le terme même de “violino” est attesté à Brescia dès les années 1530. D’abord employé pour désigner les musiciens jouant de ces nouveaux instruments, il apparaît ensuite dans les documents notariés sous la forme “magister a violinis” à partir de 1558 – preuve que la lutherie de violon est déjà reconnue comme une spécialité à part entière[1].
Cette période correspond à une époque charnière dans l’évolution des instruments à cordes. Les techniques héritées du luth et des instruments médiévaux – travail des éclisses cintrées, usage des colles animales, maîtrise des tables et fonds sculptés – atteignent alors un degré de perfection permettant l’apparition d’un instrument nouveau, plus puissant et mieux adapté aux exigences de la Renaissance tardive.
[1] Eric Blot, Liutai in Brescia, 1520–1724, Cremona, Eric Blot Edizioni, 2008

C’est dans ce contexte particulièrement fécond que s’impose Gasparo da Salò, figure majeure de l’école bresciane. Son atelier contribue à affirmer la réputation de Brescia dans toute l’Italie du Nord. Il y accueille de jeunes artisans prometteurs, parmi lesquels Giovanni Paolo Maggini, probablement né à Botticino Sera vers 1580. Formé au contact direct de Gasparo, Maggini hérite de la tradition bresciane tout en développant progressivement un langage stylistique personnel qui fera de lui l’un des luthiers les plus admirés de son temps.



Les sources anciennes présentent Maggini comme le plus grand représentant de l’école de Brescia après Gasparo da Salò. Walter Hamma le décrit comme “le maître le plus célébré de l’école bresciane”, dont les créations surpassent largement celles de ses contemporains “tant dans l’exécution que dans la sonorité”[1].
Issu d’une famille modeste de Botticino, Maggini rejoint très jeune Brescia et travaille auprès de Gasparo da Salò. En 1606, après plusieurs années d’apprentissage, il acquiert sa propre maison et son atelier à proximité des principaux luthiers et musiciens de la ville.
Il fréquente alors de nombreuses figures du milieu musical brescian, tels que des organistes, facteurs d’instruments et notables. Son activité semble prendre un nouveau tournant dans les années 1610, période durant laquelle il affirme progressivement son propre style, s’émancipant de celui de son maître Gasparo da Salò.
Maggini travaille dans un contexte troublé. Les premières décennies du XVIIème siècle sont marquées par des tensions politiques et économiques dans le nord de l’Italie. Malgré cela, son atelier prospère suffisamment pour lui permettre d’employer plusieurs assistants. Les actes de 1617 et 1626 mentionnent explicitement son activité de “master of violins in Palazzo Vecchio del Podestà”, ainsi que des stocks importants de bois et de cordes[2].

Comme de nombreux artistes italiens de son temps, Maggini est probablement victime de la grande peste de 1630 qui frappe durement la Lombardie. Sa disparition marque le déclin progressif de l’école bresciane face à la montée en puissance de Crémone.
[1] Walter Hamma, Meister Italienischer geigenbaukunst, maestri liutai italiani, Mapitres luthiers italiens, Florian Noetzel, Ars Musica, Allemagne, 1993
[2] Eric Blot, Liutai in Brescia, 1520–1724, Cremona, Eric Blot Edizioni, 2008
Les instruments de Maggini se distinguent par des caractéristiques très personnelles qui contribuèrent à leur renommée. Les auteurs contemporains soulignent tous la puissance et la profondeur sonore de ses violons, souvent décrits comme sombres et riches de timbre.
Walter Hamma rappelle que Maggini utilisait principalement deux modèles : un petit format et un modèle plus grand et plus large, aux contours fortement arrondis. Les voûtes de ses instruments sont généralement pleines, peu creusées, tandis que les ouïes sont plutôt longues, droites et ouvertes[1].
L’une des caractéristiques stylistiques incontournables du maître est l’usage du double filet, devenu emblématique de l’école de Brescia. Ce motif, à la fois structurel et ornemental, confère aux instruments de Maggini une singularité et un style immédiatement identifiable.
[1] Walter Hamma, Meister Italienischer geigenbaukunst, maestri liutai italiani, Mapitres luthiers italiens, Florian Noetzel, Ars Musica, Allemagne, 1993
Le violon présenté à Vichy Enchères, réalisé à Brescia vers 1620, offre un parfait témoignage de ces caractéristiques stylistiques :
“Il s’agit d’un modèle typique de Maggini, avec une longueur de coffre de 353 mm. On retrouve le double filet caractéristique de la tradition bresciane, ainsi que des voûtes relativement pleines. Le modèle des ouïes est également très représentatif, avec des olives supérieures et inférieures de même diamètre, parfois même légèrement plus ouvertes dans la partie haute.”
Jonathan Marolle, de la Maison Vatelot-Rampal et expert près la Cour d’appel de Paris
L’instrument porte une étiquette de Gasparo da Salò, auprès duquel Giovanni Paolo Maggini effectua sa formation à Brescia à la fin du XVIème siècle. Cette proximité entre les deux luthiers explique les liens stylistiques souvent observés entre leurs productions respectives, et la présence de cette étiquette.





L’influence de Maggini sur la lutherie européenne fut considérable. Dès le XIXème siècle, plusieurs théoriciens considèrent que certaines évolutions du violon classique dérivent directement de ses recherches formelles.

Margaret L. Huggins écrivait ainsi en 1892 que l’influence de Maggini pouvait se percevoir jusque dans les grands modèles allongés de Stradivari à la fin du XVIIème siècle :
“Nous pensons que le travail de Stradivari après 1700 aurait été différent sans l’influence de Maggini ; certaines des plus belles innovations de Stradivari pourraient avoir été inspirées par Maggini.”
Voir Eric Blot, Liutai in Brescia, 1520–1724, Cremona, Eric Blot Edizioni, 2008
Tim Ingles souligne lui-aussi que les grands modèles de Maggini auraient probablement inspiré les célèbres “Long Pattern” de Stradivari dans les années 1690[1].
L’importance historique de Maggini tient ainsi, autant à la qualité intrinsèque de ses instruments, qu’à leur rôle dans l’évolution du violon moderne. Ses recherches sur les dimensions, les voûtes et la sonorité ont ouvert une nouvelle voie, poursuivie par les grands maîtres italiens du XVIIème siècle.
[1] Tim Ingles, four Centuries of Violin Making : Fine Instruments from the Sotheby’s Archive, 2006
Les instruments authentiques de Giovanni Paolo Maggini demeurent rares. Walter Hamma soulignait déjà que “ses œuvres se rencontrent peu”[1]. Cette rareté explique l’intérêt constant et l’enthousiasme que suscitent l’apparition de ses instruments sur le marché auprès des collectionneurs, musiciens et institutions.
À titre d’exemple, depuis les années 2010, seule une douzaine d’instruments de Giovanni Paolo Maggini ont été recensés en ventes publiques, ce qui souligne le caractère exceptionnel de la vente Vichy Enchères du 4 juin 2026. Ce violon présenté en collaboration avec la Maison Rouillac s’offre ainsi à nous comme un témoignage particulièrement précieux de la grande tradition bresciane. Par son ancienneté, ses caractéristiques stylistiques et sa place dans l’histoire de la facture instrumentale italienne, il illustre un moment fondamental de l’histoire du violon européen.
[1] Walter Hamma, Meister Italienischer geigenbaukunst, maestri liutai italiani, Mapitres luthiers italiens, Florian Noetzel, Ars Musica, Allemagne, 1993
À travers cet instrument, c’est tout un pan de l’histoire du violon italien qui réapparaît : celui des ateliers de Brescia qui contribuèrent à la naissance du violon moderne. Alors, ne manquez pas cette vente historique et retrouvez-nous en salle ou en live sur Interencheres le 4 juin 2026 !
On 4 June 2026, Vichy Enchères, in collaboration with Rouillac, will present a violin by Giovanni Paolo Maggini, made in Brescia around 1620. As one of the most important figures of the Brescian school, Maggini occupies a prominent place in the history of 17th-century Italian violin making. Rare on the market, his instruments bear witness to a decisive moment in the evolution of the modern violin, at a time when Brescia was rivalling Cremona in the field of instrument making. This violin is therefore a particularly valuable example of Brescian violin-making in the early 17th century, all the more so as barely a dozen instruments by Maggini have been recorded on the market since the 2000s.