Vichy Enchères
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Un violoncelle de Francesco Guadagnini

Présenté à Vichy Enchères le 4 juin 2026, ce violoncelle de Francesco Guadagnini, réalisé à Turin en 1888, s’inscrit dans l’âge d’or de la production du luthier, c’est-à-dire des années 1880 jusqu’à la fin du XIXème siècle – années durant lesquelles il réalise ses instruments les plus aboutis. Référencé dans l’ouvrage d’Eric Blot consacré à la lutherie piémontaise, ce violoncelle est l’un des rares de cette période à être parvenus jusqu’à nous en bon état. Il a également l’intérêt de bénéficier d’une provenance clairement établie, puisque il est passé entre les mains de plusieurs musiciens en lien avec de grandes institutions parisiennes.


Francesco Guadagnini et la lutherie piémontaise à la fin du XIXe siècle

Francesco Guadagnini (Turin, 1863 – 1948) appartient à la dernière génération active d’une des plus importantes dynasties de luthiers italiens. Héritier d’un nom prestigieux associé à Giovanni Battista Guadagnini, il reprend très tôt l’atelier familial à la mort de son père Antonio, en 1881, alors qu’il n’a que dix-huit ans. L’atelier, situé via Po à Turin, compte parmi les plus actifs de la ville à la fin du XIXème siècle.

Comme le souligne Eric Blot[1], Francesco Guadagnini est l’un des derniers de la lignée à exercer la lutherie. Il se distingue par l’importance de sa production, qui le place, par le nombre d’instruments réalisés, immédiatement après son ancêtre Giovanni Battista. Très tôt à la tête de l’atelier après la mort de son père, il en assure la direction tout en poursuivant la fabrication et la restauration d’instruments. En outre, il participe avec son frère à plusieurs expositions internationales – notamment à Turin en 1884, où les “Fratelli Guadagnini” obtiennent une médaille d’argent, mais aussi à Anvers en 1885, et à Vienne en 1892 où il reçoit une médaille d’or.

À la fin du XIXème siècle, Turin est l’un des principaux centres de lutherie italienne. Dans le sillage de Pressenda et de la tradition des Guadagnini, se déploie une nouvelle génération de luthiers particulièrement intéressants, parmi lesquels Enrico Marchetti, Annibale Fagnola ou encore Evasio Emilio Guerra.


[1] Eric Blot, Liuteria Italiana, vol. IV : 1800–1950. 150 anni di liuteria. 150 years of violinmaking in Piemonte (Piedmont), Eric Blot Edizioni

Production de Francesco Guadagnini

La production de Francesco Guadagnini est difficile à organiser en phases nettement distinctes en raison de sa diversité. Dans les années 1880, elle reste encore étroitement liée à celle de son père, tant dans son organisation que dans son orientation largement commerciale. C’est toutefois à cette époque que se développe son intérêt croissant pour la fabrication, probablement sous l’influence d’Enrico Marchetti – le dernier élève de son père encore actif au sein de l’atelier. 

Selon Blot, c’est à la fin des années 1888 – c’est-à-dire à l’époque de la fabrication du violoncelle de 1888 présenté dans cette vente – que “Francesco réalisa ses meilleurs instruments”, dans un contexte d’émulation artistique stimulé par la présence de jeunes luthiers turinois. Comme en témoigne notre instrument, les modèles s’inspirent alors directement de Giovanni Battista Guadagnini, tout en s’adaptant aux goûts et usages de l’époque, avec un tracé plus régulier, des lignes plus nettes et des coins plus carrés. Le vernis est également caractéristique de sa production, lisse, de teinte rouge rosée, pas totalement transparent, proche de celui utilisé par Marchetti.

Après 1910-1912, la production tend à se stabiliser, avant d’évoluer dans les années 1920-1930 vers des instruments parfois jugés plus rigides dans leur conception, voire réalisés en partie par des collaborateurs, notamment Evasio Emilio Guerra, recouverts d’un vernis plus dur et cassant.

Dans ce contexte, les instruments de la fin du XIXème siècle apparaissent aujourd’hui comme particulièrement intéressants et recherchés, tant pour la qualité de leur facture que pour leur position dans l’évolution stylistique du luthier.

Le violoncelle de 1888

Le violoncelle proposé à la vente à Vichy Enchères le 4 juin 2026 offre un rare exemple de la production de Francesco Guadagnini à cette période d’âge d’or. Comme l’indique l’étiquette, l’instrument a été réalisé à Turin en 1888 et porte également plusieurs marques au fer du luthier sur le fond. Le modèle est d’ailleurs référencé dans l’ouvrage d’Eric Blot sur La lutherie piémontaise (tome IV, p. 326), comme un exemple rare et remarquable de la production de la fin de siècle :

“Il s’agit d’un instrument très intéressant, car il fait partie des rares exemples de la production de l’atelier Guadagnini à la fin du XIXème siècle. Il a été construit avec soin.”

Eric Blot, Liuteria Italiana, vol. IV : 1800–1950. 150 anni di liuteria. 150 years of violinmaking in Piemonte (Piedmont), Eric Blot Edizioni

Blot relève également l’intérêt du vernis :

“Le vernis […] a été appliqué en deux couches de compositions différentes. La couche inférieure est jaune et présente une composition plus dure et plus résistante, tandis que la couche supérieure est rouge rosé, plus souple et pas tout à fait transparente.”

Eric Blot, Liuteria Italiana, vol. IV : 1800–1950. 150 anni di liuteria. 150 years of violinmaking in Piemonte (Piedmont), Eric Blot Edizioni

Cette application en deux couches relève à la fois d’une logique de protection et d’une recherche esthétique. La superposition d’une base résistante et d’une couche plus souple et colorée confère au vernis une profondeur et une texture caractéristiques. Elle rapproche l’instrument des pratiques de certains luthiers turinois contemporains, notamment Marchetti.

Provenance : de l’Opéra-Comique à la Garde républicaine

La provenance de l’instrument est clairement établie puisque celui-ci est passé entre les mains de musiciens issus de grandes institutions.

Il a été acquis neuf par le violoncelliste italien M. Verchelesi, avant d’être joué à partir des années 1930 par Fernand Benedetti, violoncelle solo de l’Opéra-Comique. Il passe ensuite entre les mains de son fils, René Benedetti, violoncelle solo de l’Opéra national de Paris, qui l’utilise tout au long de sa carrière. L’instrument a ainsi été joué par deux générations de violoncellistes solos dans des grandes institutions parisiennes. Le propriétaire actuel, ancien élève de René Benedetti au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, en fait l’acquisition dans les années 2000 et l’utilise depuis au sein de l’orchestre à cordes de la Garde républicaine.

Cette transmission directe, d’un maître à son élève, atteste à la fois de la clarté de sa provenance et de la continuité de son usage.

Ainsi, sur près d’un siècle, ce violoncelle apparaît étroitement lié à une pratique orchestrale française de premier plan, depuis l’Opéra-Comique et l’Opéra national de Paris jusqu’à la Garde républicaine. Une telle continuité, associée à des interprètes identifiés, constitue un élément particulièrement intéressant dans l’appréciation historique de l’instrument. Elle donne également une indication quant aux qualités acoustiques de l’instrument, que le propriétaire actuel décrit comme ayant “une qualité de son italienne, facile à jouer”.

Ce violoncelle de Francesco Guadagnini réalisé à Turin en 1888 s’inscrit ainsi dans l’âge d’or de l’activité du luthier, lorsque sa production atteint son plus haut degré de perfectionnement. La qualité de sa facture et ses caractéristiques techniques, relevées notamment dans l’ouvrage d’Éric Blot, témoignent du haut degré d’aboutissement atteint par la lutherie piémontaise de la fin du XIXème siècle. À ces éléments s’ajoute une provenance clairement établie, marquée par une continuité d’usage au sein de prestigieuses institutions françaises, renforçant l’intérêt historique de l’instrument.


A CELLO BY FRANCESCO GUADAGNINI

Offered at Vichy Enchères on 4 June 2026, this Francesco Guadagnini cello, made in Turin in 1888, dates from the golden age of the maker’s career—that is, from the 1880s through to the end of the 19th century—a period during which he produced his most accomplished instruments. Featured in Eric Blot’s book on Piedmontese violin making, this cello is one of the few from this period to have survived to the present day in good condition. It is also notable for its clearly established provenance, having passed through the hands of several musicians associated with major Parisian institutions.


Translation coming soon…

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