Le 4 juin 2026, Vichy Enchères présentera un quatuor d’archets réalisé par Sylvain Bigot en 2002. Ces instruments remarquablement conservés offrent l’occasion de revenir sur le parcours de Sylvain Bigot, archetier aujourd’hui reconnu comme l’un des spécialistes majeurs de la spécialité, à la fois pour son travail d’atelier et que pour son expertise.
Sylvain Bigot intègre en 1987 l’École nationale de lutherie Jean-Baptiste Vuillaume de Mirecourt, où il suit une formation complète. Il obtient en 1990 un CAP et un Brevet de Technicien en facture instrumentale, puis en 1992, un Diplôme des Métiers d’Art, avec un travail consacré à l’alto ténor.
Cette formation lui donne une connaissance directe des instruments à cordes et de leur fonctionnement, ainsi qu’une maîtrise du travail du bois. C’est naturellement qu’il s’oriente ensuite vers l’archèterie, dans la continuité de cet apprentissage.
À l’issue de sa formation, Sylvain Bigot démarre sa carrière à Paris. Il travaille d’abord en 1992-1993 comme assistant chez le luthier François Varcin, avant de rejoindre, en septembre 1993, l’atelier de Jean-François Raffin, où il restera jusqu’en décembre 2002.
Durant près de dix ans, il perfectionne son savoir-faire en assurant la fabrication et la restauration d’archets, tout en se formant à l’expertise.
Ces années chez Jean-François Raffin lui permettent d’examiner un grand nombre d’archets, d’en comparer les caractéristiques et la facture, et d’affiner progressivement son oeil. En parallèle, il participe dès 1996 à la réalisation de l’ouvrage de référence L’Archet, dirigé par Bernard Millant et Jean-François Raffin. Ce travail de compilation, fondé sur l’observation, l’inventaire et la documentation des modèles, vient enrichir et consolider son expertise.
En février 2003, Sylvain Bigot s’installe à son compte à Lyon. Il y développe une activité d’archetier comprenant fabrication, restauration et reméchage.
Dès les premières années, il poursuit également une activité d’enseignement ponctuel en s’impliquant dans le milieu professionnel. Il est alors membre du GLAAF à partir de 1997 et en devient vice-secrétaire entre 2000 et 2004, tout en présidant l’association des Amis de l’École de Lutherie de Mirecourt entre 2001 et 2004.
Parallèlement à son activité d’atelier et d’expertise, il développe une activité éditoriale accompagné de Jean-François Raffin, Yannick Le Canu, Arthur Dubroca et Lothair Mabru, avec la création, en 2015, de la structure “Les Archetiers Français”, consacrée à la publication d’ouvrages de référence sur l’archèterie.

Le parcours de Sylvain Bigot est jalonné de consécrations. En décembre 1999, il obtient une médaille d’argent au concours international de lutherie et d’archèterie de Paris.
Il est présélectionné en 2010 pour le concours des Meilleurs Ouvriers de France, qu’il obtient en mai 2011 dans la classe lutherie-archèterie. Cette distinction vient consacrer son savoir-faire et son haut niveau de maîtrise technique.
La même année, en décembre 2011, il est inscrit sur la liste des experts judiciaires près la Cour d’appel de Lyon et, depuis 2025, la Cour d’appel de Paris.
Dès 2010, il assiste Jean-François Raffin lors de ventes aux enchères, notamment à Vichy. En juin 2011, il intervient comme assistant sur la partie expertise aux côtés de Yannick Le Canu.
En 2012, il devient associé au sein de la SAS Cabinet d’archetiers experts Jean-François Raffin, aux côtés de Jean-François Raffin (président) et Yannick Le Canu (directeur général).
Cette activité se développe à l’international, avec des expertises régulières en Europe, aux États-Unis et en Asie. Elle comprend l’authentification, l’attribution et l’estimation des archets anciens, ainsi que l’étude de grandes collections, comme celle de Bernard Millant, dont la vente s’est tenue à Vichy Enchères entre 2017 et 2019.


Sylvain Bigot participe également à plusieurs travaux de référence consacrés à l’archèterie. Il collabore à l’ouvrage L’Archet, publié en 2000, puis à celui consacré aux Archetiers de la famille Bazin : 1824-1987, paru en 2021 aux éditions Les Archetiers français, avec Jean-François Raffin et Yannick Le Canu. Ces publications s’inscrivent dans un travail de mise en forme et de synthèse des connaissances, en rassemblant et structurant des informations issues de l’étude des archetiers et de leurs productions.
L’ensemble présenté à Vichy Enchères se compose de quatre archets – deux violons, un alto et un violoncelle – réalisés en 2002, en bois de pernambouc, montés argent, et conservés dans un état proche du neuf. Ils proviennent de la collection d’Hiroaki Okitsu et ont été commandés directement à Sylvain Bigot.
Comme il l’explique lui-même :
“Ce quatuor d’archets a été commandé en 2002 par Hiroaki Okitsu, pour sa collection. À l’époque, j’étais encore chez Jean-François Raffin. Comme c’est le cas dans beaucoup de commandes internationales, il m’a été demandé le modèle Peccatte qui parle à beaucoup de monde et qui est beaucoup apprécié à l’étranger.”
Entretien avec Sylvain Bigot, avril 2026
Cette commande s’inscrit dans un moment particulier. À la fin des années 1990 et au début des années 2000, la reproduction de modèles historiques – notamment français du XIXème siècle – commence à se développer dans certains ateliers, notamment chez Jean-François Raffin :
“C’était, à l’époque, encore relativement nouveau de se permettre de réaliser des archets inspirés des modèles français du milieu du XIXe siècle. C’est quelque chose qui a été développé ou redéveloppé justement chez Jean-François Raffin à partir de 1998-2000.”
Entretien avec Sylvain Bigot, avril 2026
Le choix du modèle Peccatte s’inscrit dans cette logique. Dominique Peccatte, figure majeure de l’archèterie du XIXème siècle, est associé à une esthétique reconnaissable. Ce modèle, largement diffusé, est aujourd’hui l’un des plus recherchés, notamment à l’étranger, où il reste une référence de l’archèterie française.
Dans le cas présent, ce modèle sert de base à un travail d’ensemble. Il permet de définir un vocabulaire commun qui peut être décliné de manière cohérente sur les différents instruments du quatuor. Comme le précise Sylvain Bigot :
“On est principalement sur des têtes carrées sur le dessus de la tête, avec un dégorgement chez Peccatte qui ressemble un peu à l’avant d’un sabot. On a un travail des hausses à angle droit, avec une unité aussi dans le choix des nacres d’ormeau.”
Ces éléments participent à cette recherche d’unité. Ils ne sont pas traités isolément, mais comme des points de repère permettant d’assurer une continuité visuelle et structurelle entre les archets. Dans le cas d’un quatuor, cette cohérence devient essentielle.
“Pour des instruments appartenant à un quatuor, on cherche à avoir quatre baguettes identiques pour avoir une vraie unité. Le quatuor, c’est avant tout un travail très intéressant d’unité dans le style.”
Les quatre archets déclinent ainsi un même modèle sur le violon, l’alto et le violoncelle, en adaptant les proportions à chaque instrument tout en conservant une ligne commune. Les archets présentés se distinguent également par leur état de conservation, quasiment celui d’origine, puisque les instruments n’ont probablement jamais été joués.









Le quatuor d’archets présenté à Vichy Enchères témoigne à la fois d’un moment précis de la carrière de Sylvain Bigot, mais également de son travail d’expertise fondé sur la connaissance des modèles historiques et la recherche de cohérence.
On 4 June 2026, Vichy Enchères will present a quartet of four bows made by Sylvain Bigot in 2002. These remarkably well-preserved instruments provide an opportunity to look back at the career of Sylvain Bigot, a bow maker now recognised as one of the leading specialists in the field, both for his workshop work and for his expertise.